"Il était tout puissant, il n'y avait pas de contre-pouvoir"

#5 Anne, travailler sous emprise

Un soir en 2015, Anne, amatrice de violoncelle, répète avec son orchestre comme chaque semaine, quand soudain les notes se brouillent. Les portées se dissolvent, son archet retombe, son corps s’effondre. 
Deux ans plus tôt, elle avait quitté la Suisse, son ex et une vie tranquille pour un poste à Paris, dans une grande entreprise de la tech. Ce travail, elle y a tout mis : son énergie, son espoir, sa survie. 

Au début, l’ambiance la séduit : libre, provocante, presque joyeuse. Elle est la seule femme de l’équipe, fière de s’y faire une place. Puis les plaisanteries glissent, le sexisme s’insinue. Les regards s’alourdissent, les gestes dépassent les limites. 

Son manager souffle le chaud et le froid : d’humiliations publiques en compliments appuyés, il exerce sur elle une domination mêlée de séduction. Jusqu’à cette scène absurde, à la pause déjeuner : il lui demande de lui vernir les ongles de pied, rose bonbon, devant ses collègues. Anne obéit, sidérée, incapable encore de dire non. 

Son corps criait déjà depuis de longs mois : insomnies, vertiges, nausées... jusqu’à cette chute en pleine répétition. Commence alors un long chemin de reconstruction intime. Avec une psychologue, Anne met des mots sur ce qu’elle a subi : une relation d’emprise, au travail. Elle témoigne, s’engage dans le sillage du mouvement #MeToo, voit son histoire exposée à la Une et la Justice se saisir de son dossier. 

Aujourd’hui, à 39 ans, Anne a deux filles, un bébé à venir et elle s’est réconciliée avec elle-même. Elle écoute son corps, choisit les espaces et les personnes qui la respectent, et enseigne à ses filles que dire non est une forme de courage qui s’apprend dès l’enfance. 

Dans cet épisode, elle raconte comment elle s’est reconstruite après l’emprise, et comment elle a retrouvé sa voix et sa dignité. 

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