#125 Laurène, devenir mère après l’inceste

Le mot de l’interdit

Le mot "inceste", il raconte l’interdit ultime, l’acte impensable, le séisme d’une vie. La psychologue et essayiste française Hélène Romano qualifie l’inceste de "génocide identitaire". Et c’est bien de cela dont il s’agit : un génocide, un meurtre, un poison qui pénètre les tréfonds de l’âme humaine, laissant des cœurs exsangues et des corps meurtris à jamais.

Un frère qui détruit tout

Laurène est née dans une famille bourgeoise, “catho mais pas trop”, comme elle dit . Petite fille choyée, elle est la cadette d’un frère de 5 ans son aîné… mais qui n’avait de frère que le titre. Pendant plusieurs années, elle va vivre sous son emprise et sera contrainte de se plier à ses jeux sexuels, jusqu’au jour où elle réussira à lui dire stop. Ensuite, il a fallu grandir, et avancer. Mais comment fait-on pour se reconstruire sur les ruines de son enfance ? Comment donner une suite à un tel traumatisme ? Comment devenir femme, et envisager l’amour pur d’une relation avec un homme, puis avec un enfant ? 

Reconstruire sur des ruines

Longtemps terrifiée par les hommes, Laurène a passé des années à les fuir, se réfugiant dans l’excellence intellectuelle pour oublier son corps. La maternité n’a jamais été un sujet, et elle était très loin de penser à une future famille. Car comment s’autoriser à faire un enfant sans savoir si elle serait capable de le protéger ? Comment être sûre de ne pas échouer là où ses parents adorés avaient justement tant échoué ? Et si c’était un petit garçon… supporterait-elle de mettre au monde un prédateur potentiel ? 

Il a fallu apaiser toutes ces angoisses grâce à un travail d’analyse salvateur, jusqu’à la rencontre amoureuse, fondamentale, qui la fera basculer des ténèbres vers la lumière.

Dans cet épisode, Laurène a retissé une chronologie dont il est bien difficile et pénible de se souvenir, mais elle l’a fait pour raconter à toutes celles qui se reconnaîtront dans son histoire qu’il y a un avenir possible, et que l’on peut accéder au bonheur d’être mère, même après avoir connu l’enfer.