#122 Noémie, une maternité sous emprise

La face cachée du père

Devenir mère nous retire pas mal de sommeil et d’insouciance, mais certainement pas notre liberté. Pourtant, cette liberté, Noémie en a été privée pendant de longues années, victime de violences conjugales et de ce que l’on appelle “l’emprise”, d’un compagnon violent, agressif et quotidiennement alcoolisé. Cet homme, elle l’a pourtant aimé éperdument, et a fait deux enfants avec lui. Mais c’est en découvrant son rôle de mère, qu’elle a aussi découvert l’enfer. 
Car ce mari pour lequel elle avait pourtant pris parti, envers et contre tous, s’est transformé en bourreau humiliant, menaçant, et totalement désinvesti de son rôle de père. 
Alors comment découvrir la maternité en même temps que la face cachée de l’homme avec qui on vit ? Comment identifier cette violence, quand on est soi-même aveuglée et délaissée par un système judiciaire défaillant? 

Féminicides : des chiffres édifiants

Selon une étude publiée par le ministère de l’intérieur en août 2020, 146 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire en 2019, et parmi elles, 41% étaient victimes de violences antérieures de la part de leur compagnon. Ces chiffres qui s’affichent aux murs et qu’on tente de faire baisser en les rendant visibles, restent encore beaucoup trop élevés. En partie certainement car le principe même de l’emprise est que la victime est incapable de prendre la mesure de la violence qu’elle vit. Pour s’en sortir, il faut un déclic, une pulsion de survie, et si elle ne vient pas de la victime elle-même, alors, dans le meilleur des cas, elle doit venir de quelqu’un qui s’inquiète pour elle. 

La vérité sort (toujours) de la bouche des enfants

Noémie, c’est son petit garçon de 5 ans qui l’a sauvée, et aujourd’hui elle fait partie de celles qui ont réussi à échapper à l’emprise et aux coups. Il y a quelques semaines, elle a encore bravé ses peurs en me contactant, pour pouvoir transmettre son histoire et tenter de sauver d’autres femmes qui vivraient le même enfer.
C’est un honneur pour moi de vous livrer aujourd’hui son récit et j’en profite pour lui écrire, ici, à quel point je l’admire.