TDAH et harcèlement scolaire : le combat d'une mère pour redonner confiance à son fils

Pendant des années, Stéphanie cherche à comprendre pourquoi son fils est rejeté par les autres enfants. Le diagnostic de TDAH met enfin un nom sur sa différence, sans pour autant mettre fin au harcèlement quotidien qu’il subit. Elle raconte son combat de mère pour aider son fils à retrouver confiance en lui, les ressources dont elle a fait preuve pour ne plus laisser le regard des autres définir sa valeur et la résilience de son petit garçon qui force le respect et l’admiration.  

Je m'appelle Stéphanie, ou Mélodie Ducoeur pour ceux qui me connaissent sous mon nom de plume. J'ai 48 ans et je vis à la frontière franco-belge, en Lorraine. Je suis romancière, directrice d'une maison d'édition indépendante et agricultrice avec mon mari. Ensemble, nous avons quatre enfants : trois filles devenues aujourd'hui de jeunes adultes, puis notre petit dernier, arrivé plusieurs années plus tard, qui a profondément transformé notre façon de voir le monde... et la mienne.  

J'ai rencontré mon mari très jeune. C'était mon premier amour… et il l'est toujours aujourd'hui. Nous ne nous sommes jamais quittés. Trois ans après notre rencontre, nous accueillons notre première fille. J'ai tout juste vingt ans. Puis mes deux autres filles viendront agrandir la famille. 

Pendant de nombreuses années, je me consacre entièrement à elles. Je travaille depuis la maison pour l'exploitation agricole familiale afin d'être présente à chaque étape de leur enfance. Être maman n'est pas seulement un rôle : c'est mon équilibre, ma priorité, presque une vocation. Mes quatre grossesses ont toutes été différentes, mais elles ont un point commun : elles m'ont chacune appris quelque chose sur moi. 

Lorsque je tombe enceinte de notre quatrième enfant, je suis persuadée que cette maternité ressemblera aux précédentes. Pourtant, la grossesse est différente. Les médecins s'inquiètent de son poids, me demandent de rester alitée alors que mes filles vivent des moments importants de leur scolarité. J'ai du mal à accepter de ne plus pouvoir être partout à la fois. Finalement, mon fils naît en parfaite santé. Une infirmière me regarde lui donner son premier bain et me lance avec le sourire : « Une maman calme, un bébé calme. » Cette phrase me fait sourire encore aujourd'hui. Si elle avait su… Quelques années plus tard, que ce petit garçon allait remplir notre quotidien d'une énergie débordante et bouleverser à jamais notre histoire.  

🔸 2009 - Les premiers signes du TDAH : quand mon fils ne trouve pas sa place 

“Un jour, dans un château gonflable, je vois toute une bande d'enfants se liguer contre lui. Comme il insiste pour continuer à jouer avec eux, ils finissent par le rouer de coups sous mes yeux.” 

Les premières années de sa vie sont à l'image de cette phrase : tout sauf calmes. 

Mon fils est un petit garçon débordant d'énergie. Il est vif, aussi bien physiquement que dans son esprit. Après avoir élevé trois filles, je trouve presque normal que mon petit dernier soit plus remuant. À la maison, c'est un enfant tendre, affectueux, toujours prêt à faire plaisir. Rien ne laisse imaginer les difficultés qui l'attendent. 

Très vite pourtant, je sens que quelque chose ne va pas. Il n'aime pas l'école et, sans que je comprenne pourquoi, il semble susciter le rejet des autres enfants. Un jour, dans un château gonflable, je vois toute une bande d'enfants se liguer contre lui. Comme il insiste pour continuer à jouer avec eux, ils finissent par le rouer de coups sous mes yeux. Je reste sidérée. Je me demande ce qu'il peut bien faire pour provoquer une telle hostilité alors qu'à la maison, je connais un petit garçon profondément gentil. 

“Il semble constamment dans la lune. Au fond de moi, je sais qu'il se passe quelque chose, sans parvenir à mettre un nom dessus.”

Dès la maternelle, les signaux s'accumulent. Chaque soir, il rentre de l'école avec un “lion” orange ou rouge, le système utilisé pour évaluer le comportement des élèves. Quelques semaines après la rentrée, il me dit avec un calme désarmant qu'il n'aura jamais de lion vert ou bleu. Je lui demande pourquoi. Il me répond simplement : “Je le sais.” Cette résignation chez un enfant si petit me bouleverse. À côté de cela, je remarque aussi qu'il lui faut un temps infini pour s'habiller, manger ou se préparer. Il semble constamment dans la lune. Au fond de moi, je sais qu'il se passe quelque chose, sans parvenir à mettre un nom dessus. 

🔸 2016 - Le diagnostic TDAH et HPI : un soulagement qui ne met pas fin au harcèlement

“Je suis convaincue que ce diagnostic de TDAH va tout résoudre. En réalité, ce n'est que le début de notre parcours.” 

C'est au CP que tout s'accélère. Son institutrice me reçoit à la fin de l'année avec plusieurs feuilles imprimées après des recherches qu'elle a effectuées sur Internet. Elle a surligné chaque symptôme qu'elle retrouve chez mon fils. Elle pense qu'il souffre d'un TDAH et plusieurs bilans nous le confirment par la suite. Je ressens un immense soulagement. Enfin, nous comprenons pourquoi il est différent. Je suis convaincue que ce diagnostic de TDAH va tout résoudre. En réalité, ce n'est que le début de notre parcours. 

“À chaque épisode de harcèlement, ce sont d'autres enfants, bouleversés par ce dont ils ont été témoins, qui viennent nous prévenir. Lui est dans le déni.”

Mon fils est pourtant un enfant extrêmement intelligent. Il possède une mémoire impressionnante. Nous consultons différents professionnels pour nous accompagner, graphothérapeute, ergothérapeute, neuropsychologue... quelques années plus tard, il sera également identifié comme haut potentiel intellectuel (HPI). Mais malgré la mise en place d'une AESH à l’école, les difficultés scolaires persistent. Les remarques sur son comportement continuent de rythmer notre quotidien et, surtout, les moqueries ne s'arrêtent pas. 

Le plus difficile, c'est que mon fils ne me raconte jamais ce qu'il traverse. À chaque épisode de harcèlement, ce sont d'autres enfants, bouleversés par ce dont ils ont été témoins, qui viennent nous prévenir. Lui est dans le déni. Il trouve toujours des excuses à ceux qui lui font du mal, comme s'il refusait de voir que leur comportement n'était pas normal. Cette attitude me brise le cœur. J'ai parfois l'impression qu'il a fini par croire que cette violence faisait simplement partie de sa vie. 

“À mesure que les années passent, je vois mon fils perdre peu à peu confiance en lui.”

Pourtant, je refuse de rester spectatrice. À chaque fois, je prends rendez-vous avec les équipes éducatives ou avec les parents des enfants concernés. Je privilégie toujours le dialogue. J'ai la chance d'être écoutée et les établissements prennent systématiquement les situations au sérieux. Les choses s'apaisent... jusqu'à la fois suivante.  

À mesure que les années passent, je vois mon fils perdre peu à peu confiance en lui. Il doute de tout, surtout de sa capacité à trouver sa place parmi les autres. Alors avec mon mari, nous prenons une décision qui peut sembler radicale : nous le retirons du système scolaire traditionnel pour l'inscrire dans une école alternative. 

Avec le recul, je crois sincèrement que cette école a changé sa vie. 

🔸 2021 - École alternative et TDAH : le choix qui a tout changé

Pour la première fois depuis longtemps, mon fils évolue dans un environnement qui cherche à comprendre ses différences plutôt qu'à les corriger. Il se sent accepté. Écouté. Petit à petit, je le vois reprendre confiance en lui. 

Je me souviens d'un trajet en voiture qui restera gravé dans ma mémoire. Comme souvent, je lui demande si tout se passe bien à l'école. Les années précédentes m'ont appris à rester prudente. Je m'attends presque à entendre qu'un nouvel incident a eu lieu. 

“Il ne se dévalorise plus. Il ne laisse plus le regard des autres décider de sa valeur.” 

Au lieu de cela, il me répond avec un calme désarmant : « Tu sais maman, maintenant, je m'en fiche de ce que les autres pensent de moi. » 

Je le regarde, surprise. 

Il poursuit en m'expliquant qu'il ne se laissera plus atteindre par les moqueries. Non pas parce que les autres ont changé, mais parce que lui a changé. Il ne se dévalorise plus. Il ne laisse plus le regard des autres décider de sa valeur. 

Je crois que c'est à cet instant que j'ai compris que mon petit garçon avait grandi intérieurement. 

“Pendant longtemps, j'ai cru que mon rôle de maman consistait à protéger mon fils de tout ce qui pouvait le blesser.” 

Aujourd'hui, il porte les cheveux longs, une différence qui m'aurait autrefois énormément inquiétée. J'avais peur qu'elle attire de nouvelles moqueries. Finalement, c'est tout l'inverse. Il est bien dans sa peau, assume pleinement qui il est et s'est entouré d'amis qui, pour beaucoup, sont eux aussi, neuroatypiques. Ils partagent les mêmes centres d'intérêt et évoluent ensemble dans un environnement où personne n'a besoin de cacher sa différence pour être accepté. 

Mon fils prépare désormais un bac professionnel en informatique et cybersécurité. Quand je le regarde aujourd'hui, je mesure le chemin parcouru. 

J'ai cessé de chercher à faire entrer mon fils dans une case. À la place, j'ai cherché l'environnement dans lequel il pourrait s'épanouir.  

Pendant longtemps, j'ai cru que mon rôle de maman consistait à protéger mon fils de tout ce qui pouvait le blesser. Aujourd'hui, je sais que je ne pouvais pas lui éviter toutes les épreuves. En revanche, je pouvais l'aider à construire une confiance suffisamment solide pour que le regard des autres ne définisse jamais sa valeur. Cette histoire m'a aussi appris à regarder autrement les différences. J'ai cessé de chercher à faire entrer mon fils dans une case.  

Ce qui nous a le plus aidés, c'est d'avoir croisé le regard de nombreux professionnels, qui nous ont progressivement permis de comprendre son fonctionnement, sans qu'il soit pour autant suivi régulièrement par un psychologue. J'ai également suivi une formation canadienne sur le TDAH (un MOOC). Enfin, son arrivée dans ce nouvel établissement lui a permis de s'épanouir pleinement dans un environnement scolaire adapté. Ce simple changement de regard a transformé notre vie. 

J'ai compris qu'il fallait accepter de ne pas avoir toutes les réponses, savoir demander de l'aide et, surtout, continuer à croire en son enfant lorsque plus personne ne semble voir tout ce qu'il a de beau à offrir. Avec le recul, je crois que la plus belle chose que je lui ai transmise n'est pas d'avoir toujours été capable de le protéger. C'est de lui avoir donné suffisamment confiance en lui pour qu'un jour, il puisse avancer sans avoir besoin que je marche devant lui. 

Les tips de Stéphanie 

  • Ne cherchez pas à convaincre tout le monde de comprendre votre enfant.
  • Aidez-le à croire en lui, même lorsque les autres ne voient que ses difficultés. 
  • Regardez au-delà de ses troubles, cherchez ses talents.
  • Nourrissez ses passions 
  • Célébrez chaque petite victoire. 
  • Construisez sa confiance en lui, ce sera son plus beau bouclier. 

Le mot de la fin 

Pendant longtemps, j'ai cru que notre histoire parlait de TDAH ou de harcèlement. Aujourd'hui, je sais qu'elle parle avant tout du regard que l'on porte sur les autres... et sur soi-même. Mon fils m'a appris qu'au-delà des diagnostics se cache toujours une personne qui ne demande qu'à être comprise. Si je pouvais laisser un seul message aux parents qui me liront, ce serait celui-ci : ne laissez jamais le regard des autres vous faire douter de votre enfant. Continuez à croire en lui jusqu'au jour où il sera capable de croire en lui-même. Cette confiance sera le plus beau cadeau que vous pourrez lui offrir. 

Quelques ressources pour aller plus loin :  

La formation de Stéphanie : “Le point sur le TDAH: comprendre et s’outiller pour mieux accompagner nos jeunes à la maison” https://www.ulaval.ca/etudes/mooc-formation-en-ligne-ouverte-a-tous/le-point-sur-le-tdah-comprendre-et-soutiller-pour-mieux-accompagner-nos-jeunes-a-la-maison 

HyperSupers TDAH France 
L'association française de référence sur le TDAH. Vous y trouverez des informations fiables sur les signes d'alerte, le parcours diagnostique, les professionnels à consulter, ainsi que de nombreuses ressources pour accompagner votre enfant au quotidien. https://www.tdah-france.fr/ 

La Maison des TND 
Une plateforme d'information dédiée aux troubles du neurodéveloppement (TDAH, TSA, troubles Dys...). Elle aide les familles à mieux comprendre les différents profils, les démarches de diagnostic et les solutions d'accompagnement. https://maisondelautisme.gouv.fr/ 

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