Après plusieurs mois de PMA, Tiffany tombe enfin enceinte grâce à une FIV. Lors de la première échographie, elle découvre une grossesse aussi improbable qu'exceptionnelle : elle attend des jumeaux, alors qu'un seul embryon lui a été transféré. Ce phénomène rarissime s'appelle une superfétation. Un récit à rebours des idées reçues sur la grossesse gémellaire, vécue ici dans une joie absolue, et un accouchement qui a failli basculer avant de laisser place au plus grand des bonheurs.

Je m'appelle Tiffany, j'ai 33 ans et je vis à Paris. Je suis responsable communication. Ma famille est composée de mon mari, Alexis et de nos deux petits garçons de 3 ans, Malo et Pio, des jumeaux aussi surprenants qu'attendus.
Nous sommes ensemble depuis bientôt quinze ans. C'est une histoire qui commence à l'adolescence. On tombe amoureux une première fois à l’âge de nos 15 ans, puis nos chemins se séparent. On reste très proches, avant de se retrouver quelques années plus tard, par hasard, à Barcelone. Cette fois, c'est une évidence : c'est lui. Malgré plusieurs années de relation à distance, notre couple se construit naturellement et se renforce. Très vite, nous savons que nous voulons faire notre vie ensemble et fonder une famille.
La mienne est recomposée de sept frères et sœurs. Depuis toute petite, j'ai envie d'être maman. Je suis très proche de ma mère, qui m'a toujours transmis une vision joyeuse et positive de la maternité. Pour Alexis comme pour moi, avoir des enfants est une évidence. Nous voulons simplement attendre de nous marier avant de nous lancer dans l'aventure.
En 2019, nous nous fiançons et prévoyons de nous marier l'année suivante. Mais la pandémie repousse notre mariage… et notre projet bébé. Finalement, nous nous disons oui à l'été 2021 et, dès le lendemain ou presque, nous commençons les essais. Nous sommes persuadés que tout ira vite. Nous sommes loin d'imaginer le parcours qui nous attend.

“Ce qui me marque le plus à cette période, c'est la difficulté à trouver une gynécologue avec laquelle je me sente vraiment écoutée.”
Les premiers mois, je ne m'inquiète pas. Je me dis que ça va finir par arriver. Mais les cycles s'enchaînent, et chaque arrivée de mes règles est une immense déception. Alexis est toujours là pour me soutenir. Il essaie de relativiser, de me rassurer, même si je sais qu'il est, lui aussi, touché par chaque échec.
Au bout d'un an, je commence les examens. Ce qui me marque le plus à cette période, c'est la difficulté à trouver une gynécologue avec laquelle je me sente vraiment écoutée. Je n'hésite pas à consulter plusieurs médecins avant de trouver celle qui deviendra une véritable alliée. Avec elle, je me sens enfin prise en charge. Au fond de moi, je me dis que les choses vont finir par s'arranger.
Nous commençons alors un parcours de PMA. Je passe par trois inséminations, qui se soldent toutes par un échec. Étonnamment, je ne vis pas les traitements comme une contrainte. Chaque injection me donne plutôt le sentiment d'avancer vers notre rêve. Alexis m'accompagne à tous les rendez-vous et notre gynécologue fait en sorte que le traitement s'adapte à notre quotidien, et non l'inverse. Cette façon de nous accompagner change tout.
Après plusieurs mois et quatre tentatives infructueuses, notre gynécologue nous propose de passer à la FIV. Nous hésitons. Le traitement est plus lourd, plus impressionnant aussi. Finalement, nous nous lançons. Malgré une hyperstimulation, la ponction se passe bien et nous obtenons cinq blastocystes. C'est une immense victoire. Nous devons ensuite patienter un cycle avant le transfert d'embryon.
“En réalité, la magie a opéré : l'un de nos bébés a été conçu grâce à la FIV, l'autre naturellement.”
Le jour du transfert, j'ai plusieurs rendez-vous importants au travail. Impossible de les déplacer. Nous profitons donc de notre pause déjeuner pour nous rendre à la clinique. Et contre toute attente, ce moment reste l'un des plus beaux de notre parcours. L'équipe est d'une douceur incroyable, la lumière est tamisée, tout est pensé pour que nous soyons sereins. Nous en gardons un souvenir merveilleux.
Dix jours plus tard, je me réveille avant le lever du soleil pour aller faire ma prise de sang. Mais je n'arrive pas à attendre. En silence, je me glisse hors du lit, je fais un test de grossesse… et la deuxième barre apparaît. Je cours réveiller Alexis. Nous n'osons presque pas y croire. Quelques heures plus tard, la prise de sang confirme la nouvelle : je suis enceinte. Enfin, c'est notre tour.
Quelques semaines plus tard, nous retrouvons notre gynécologue, celle qui nous a accompagnés tout au long de ce parcours. Nous avons simplement hâte de vérifier que tout va bien. Dès qu'elle pose la sonde sur mon ventre, je la sens particulièrement enthousiaste. Elle me prend la main et me lance : « Wahoo… super ! Félicitations, vous attendez des jumeaux ! » Sur le moment, je reste figée. Je ne comprends pas. On ne m'a transféré qu'un seul embryon… En réalité, la magie a opéré : l'un de nos bébés a été conçu grâce à la FIV, l'autre naturellement. C'est ce que les médecins appellent une superfétation.
“Contrairement à tout ce que j'avais pu entendre sur les grossesses gémellaires, je vis une grossesse de rêve.”
J'ai besoin de quelques jours pour réaliser. Ce n'était absolument pas ce que j'avais imaginé. Alexis, lui, rayonne. Avoir des jumeaux a toujours été son rêve. Très vite, son enthousiasme devient contagieux. Mes proches jouent aussi un rôle essentiel. Elles me rassurent, m'encouragent et accueillent cette nouvelle avec beaucoup de bienveillance. Mes peurs s'effacent progressivement pour laisser toute la place au bonheur.
Le premier trimestre n'est pas le plus agréable. Je suis très fatiguée, souvent malade, je prends rapidement du poids et j'ai parfois du mal à reconnaître mon corps. Puis, à partir du troisième mois, tout change. Je retrouve mon énergie, je me sens incroyablement bien. Je vois la vie en rose. Plus rien ne m'angoisse. J'ai même l'impression que les hormones de grossesse ont un effet très positif sur moi.
Contrairement à tout ce que j'avais pu entendre sur les grossesses gémellaires, je vis une grossesse de rêve. Je savoure chaque instant. Je me sens profondément connectée à mes bébés et infiniment reconnaissante d'être enfin enceinte. Peut-être que l'attente nous apprend à mesurer la chance que l'on a. En tout cas, je profite de chaque rendez-vous, de chaque échographie, de chaque mouvement.

“On le pose immédiatement contre moi. Je tombe instantanément amoureuse de lui.”
Avec Alexis, nous préparons l'arrivée de nos garçons comme on prépare un marathon. Nous écoutons les épisodes de Bliss, regardons les replay des Maternelles, dévorons des livres et organisons la maison. Plus la naissance approche, plus le suivi médical se resserre. Pio grandit un peu moins vite que son frère et je passe une échographie tous les deux jours. Pourtant, je ne ressens jamais d'inquiétude. Nous sommes entourés d'une équipe tellement présente, compétente et rassurante que nous avançons avec une confiance totale. Les deux bébés sont en siège, mais les médecins restent confiants : un accouchement par voie basse est possible.
J'arrive finalement au terme de ma grossesse gémellaire et l'on décide de me déclencher. En arrivant à la maternité, je perds les eaux. Je souris : j'ai l'impression que toutes les planètes sont alignées. Le travail démarre parfaitement. Je supporte très bien les contractions, malgré l'ocytocine. Je suis convaincue que je vais bientôt rencontrer mes fils.
“Mais je n'ai pas le temps de profiter de cet instant. Je me sens soudain très mal. Je fais une importante hémorragie de la délivrance.”
Au bout d'un moment, tout s'accélère. J'ai de la fièvre. Pio ne descend plus, son cœur supporte de moins en moins les contractions. En quelques secondes, la salle se remplit. Code rouge. Une vingtaine de soignants arrivent en courant. Il faut agir immédiatement. Cinq minutes plus tard, Pio naît. Il ne pleure pas. J'ai juste le temps de lui faire un bisou avant qu'on l'emmène. Je pleure, je panique, je ne sais plus si c'est de joie ou de peur. Puis Malo arrive à son tour. Lui pousse un grand cri. On le pose immédiatement contre moi. Je tombe instantanément amoureuse de lui. Je le trouve magnifique. À côté de moi, Alexis pleure. En douze ans de vie commune, c'est la première fois que je le vois pleurer.
Mais je n'ai pas le temps de profiter de cet instant. Je me sens soudain très mal. Je fais une importante hémorragie de la délivrance. Je suis emmenée au bloc, où je reste plusieurs heures avant d'être transférée en réanimation. Pendant ce temps, Pio est lui aussi pris en charge en réanimation néonatale. Il a besoin d'être intubé pour respirer. Alexis se retrouve seul, partagé entre l'inquiétude pour nous deux et la découverte de Malo. Cette nuit-là est sans aucun doute la plus longue de notre vie.

“Pour la première fois, nous sommes enfin tous les quatre réunis. Ce moment efface tout le reste. Je suis submergée par un amour que je n'avais jamais ressenti auparavant.”
Heureusement, les nouvelles s'améliorent rapidement. Mon hémorragie est maîtrisée et Pio reprend des forces. Le lendemain, je peux enfin quitter la réanimation. Quelques minutes après mon retour dans la chambre, on dépose Malo sur moi en peau à peau. Dix minutes plus tard, c'est au tour de Pio. Pour la première fois, nous sommes enfin tous les quatre réunis. Ce moment efface tout le reste. Je suis submergée par un amour que je n'avais jamais ressenti auparavant. C'est impossible à décrire. Nous sommes enfin une famille.
Avec le recul, je réalise que, aussi paradoxal que cela puisse paraître, mon plus beau souvenir reste cet accouchement. Malgré la peur, malgré les complications, c'est à cet instant précis que je suis devenue maman. L'amour que j'ai ressenti pour Malo et Pio a été immédiat, absolu, presque irréel. Je m'étais pourtant préparée à l'idée que ce lien mettrait peut-être du temps à naître. Au contraire, il m'a traversée comme une évidence dès la première seconde. Et le plus beau, c'est qu'Alexis a ressenti exactement la même chose.
Si je devais retenir une chose de cette aventure, c'est qu'il faut savoir s'entourer et s'écouter. Pendant notre parcours de PMA, j'ai compris qu'il était essentiel de trouver des soignants avec lesquels on se sent réellement en confiance. Puis, à l'arrivée des jumeaux, nous avons accepté toute l'aide qu'on nous proposait. Famille, amis, proches… nous avons dit oui à tout. Et je suis convaincue que c'est ce qui nous a permis de vivre cette période avec autant de sérénité. Enfin, j'ai appris à faire confiance à mon instinct. Les conseils sont précieux, mais la meilleure décision est souvent celle qui nous ressemble.
Aujourd'hui, quand je regarde Malo et Pio, je me dis que chaque étape de ce parcours avait un sens. Sans la PMA, je n'aurais peut-être jamais vécu cette aventure complètement folle : attendre des jumeaux, issus d'une superfétation, l'un conçu grâce à une FIV et l'autre naturellement. Et même si les débuts ont été intenses, je referais tout, sans hésiter, pour revivre ce bonheur-là.
Les tips de Tiffany
- Trouver des soignants avec lesquels on se sent vraiment en confiance. N'hésitez pas à changer si le feeling n'est pas là : cela peut tout changer dans un parcours de PMA.
- Si vous attendez des jumeaux, ne laissez pas les discours anxiogènes vous envahir.
- Préparez-vous, entourez-vous et acceptez toute l'aide qu'on vous propose.
- Faites confiance à votre instinct : il n'y a pas une seule bonne façon de devenir parent.
Le mot de la fin
Merci à Bliss, qui m'a accompagnée tout au long de mon parcours pour devenir mère, puis dans mes premiers pas de maman.

