Placenta accreta et hystérectomie d'urgence : Comment le don du sang m'a sauvée la vie - Vi

Vi a eu recours à une révision utérine, un curetage d'urgence et trois hystéroscopies avant même de retomber enceinte une deuxième fois. Mais rien ne la prépare à ce qui l'attend le jour de la naissance de sa fille Lily : un placenta accreta, une hystérectomie en urgence et une transfusion de six litres de sang qui lui sauve la vie. Un témoignage d'une résilience inouïe, sur l’importance du don du sang, la puissance du corps des femmes et la paix que l'on peut faire avec la culpabilité. 

Je m'appelle Vi, j'ai bientôt 36 ans. Ma famille est composée de Guillaume, mon conjoint, Léon, notre petit garçon de 4 ans, et Lily, notre petite fille d'un an. Et mon histoire avec l'obstétrique, c'est un peu le genre de série où chaque saison est pire que la précédente. Sauf que le final est franchement époustouflant. 

Jai grandi entre la France et l'Asie du Sud-Est. Ma mère est vietnamienne, mon père est français et travaille dans l’humanitaire. Je crois que cette enfance me donne très tôt une immense ouverture d'esprit et un goût pour la vie qui ne me quittent jamais. 

Je rencontre Guillaume en Terminale. C'est le coup de foudre. On vit cinq ans d'amour à distance avant de se séparer. Puis, quelques années plus tard, on se recroise par hasard à la sortie d'un concert, juste avant mon départ pour Montréal. Il m'avoue qu'il est toujours amoureux de moi. Moi aussi. Je pars quand même. Je rentre deux semaines plus tard, et on ne s'est plus jamais quittés.  

Pendant longtemps, je ne me projetais pas dans la maternité. Ma mère ma toujours raconté sa grossesse comme une épreuve douloureuse plutôt quune aventure heureuse. Je ne suis pas non plus du genre à suivre les conventions, et je me vois très bien sans enfant. Puis, autour de la trentaine, l'envie naît doucement, en grande partie grâce à Guillaume. Après un an à voyager tous les deux, sac à dos sur les épaules, je réalise que c'est avec cet homme-là que j'ai envie de fonder une famille.  

🔸 2022 

Sur le moment, personne ne se rend compte qu'un morceau de placenta est resté dans mon utérus. 

Je tombe enceinte de Léon sans difficulté et sans l'avoir vraiment prévu. Ma grossesse est un rêve. L'accouchement lui, est rapide et houleux. Léon naît, mais le placenta ne se décolle pas. Les sages-femmes réalisent une révision utérine directement sur la table d'accouchement. Sur le moment, personne ne se rend compte qu'un morceau de placenta est resté dans mon utérus. 

Un mois plus tard, les saignements ne s'arrêtent toujours pas. Je suis hospitalisée le soir même pour un curetage d'urgence. Malheureusement, ce curetage crée des adhérences dans mon utérus, des synéchies. Pendant près d'un an, j'enchaîne trois hystéroscopies sous anesthésie générale pour les décoller. En moyenne, je passe au bloc tous les deux mois. Je vous laisse imaginer le post-partum chaotique 

En mai 2023, un chirurgien du CHU de Nice, spécialisé en PMA, réussit enfin à lever ces synéchies lors de ce qui ressemble vraiment à mon dernier espoir. En me quittant, il me dit qu'on se reverra sûrement en PMA si on veut un deuxième enfant, parce que ce ne sera probablement pas si simple.
Spoiler : il avait tort. 

🔸 2024 

Deux mois après nous être dit avec Guillaume : Allez, on essaie, je tombe enceinte naturellement de Lily, en novembre 2024.  

Le placenta s'est fixé au niveau du col : un placenta praevia. 

Très tôt dans cette deuxième grossesse, mon gynéco (ce héros) voit que le placenta s'est fixé au niveau du col, un placenta recouvrant, ou placenta praevia, très probablement dû aux cicatrices laissées par toutes mes opérations précédentes. Ce sera une césarienne programmée pour la mi-août, et l'objectif bascule immédiatement à "garder ce bébé au chaud le plus longtemps possible". À partir de là, toute la grossesse devient une grossesse à risque : arrêt de travail très tôt, plusieurs hospitalisations pour menace d'accouchement prématuré (MAP), un suivi médical intensif. Je finis par connaître le prénom de toutes les sages-femmes du service. 

Mon gynécologue m'explique tout : le placenta prævia, les risques, les différentes possibilités. Il me parle même du risque de mortalité et de celui de devoir subir une hystérectomie. Je ne me sens étonnamment pas submergée par la peur. Certains préfèrent ne pas savoir. Moi, au contraire, ça me prépare mentalement.  

Mais ce qui me porte le plus pendant ces longs mois, c'est mon entourage. Peu à peu, une véritable bulle se crée autour de moi. Une bulle solide, presque imperméable. Les gens me disent que j'ai une aura sereine malgré tout ce qui m'arrive. De l'extérieur, certains ne comprennent pas que je ne me plaigne pas davantage d'être bloquée, de ne plus pouvoir bouger. Mais moi, je vois les choses autrement : quelques semaines où je reste immobilisée, ce n'est rien face à une vie entière avec ma fille. 

🔸 2025 

« Je continuais à perdre du sang, par caillots, et je n'avais qu'une crainte : avoir perdu mon bébé» 

Puis, en juillet 2025, tout s'accélère.
Lily décide d'arriver avec un mois et demi d'avance.
La césarienne est déclenchée en urgence, en code orange. 

Ce jour-là, je rentre d'une matinée à l'hôpital après un rendez-vous de monito plus long que d'habitude. Je commence à perdre du sang à 14h, beaucoup trop de sang. Je préviens mon mec que j'appelle les pompiers. Les pompiers et le SAMU arrivent, je continue à perdre du sang, par caillots, et je n'ai qu'une crainte : avoir perdu mon bébé. Escorte policière et compagnie, on arrive dans la salle d'accouchement à 15h30, le temps pour mon mec de me rejoindre. 

Monito, et j'entends les battements de son cœur avant même le gynéco. Elle respire encore. Elle n'est "qu'en tachycardie", pas de détresse. Sachant que j'ai perdu 1,5 litre de sang à la maison, l'anesthésiste prend la (très bonne) décision de me transfuser, le temps de préparer la césarienne code orange. Une poche de sang qui me requinque pour la suite. On démarre la césarienne, Guillaume essaie de me changer les idées avec des anecdotes sur Léon, et on rencontre notre petite Lily, toute mini

Mon placenta n'est pas seulement prævia. Il est aussi accreta. Il s'est anormalement accroché à mon utérus et refuse de se décoller 

Très vite, les médecins comprennent que quelque chose ne va pas. 

Mon placenta n'est pas seulement prævia. Il est aussi accreta. Il s'est anormalement accroché à mon utérus et refuse de se décoller. Les équipes n'ont plus vraiment le choix : pour stopper l'hémorragie, il n'y a plus d'autre option que de retirer l'utérus. Elles doivent pratiquer une hystérectomie en urgence. Je me sens partir à ce moment-là. 

Je perds finalement 3,5 litres de sang lors de l'accouchement. J’avais déjà perdu près d’1,5 litres à la maison. Notre corps en contient environ 5,5 litres : il m'en reste donc 0,5. Sans les 6 litres de sang reçus tout au long de l'opération, je ne serais pas vivante. 

Je me bats pour rester consciente. 

Dans la salle d'opération, une seule pensée tourne en boucle : je ne peux pas partir. Pas pour mes enfants, comme on pourrait l'imaginer. Pour Guillaume. Je me répète que cette aventure, c'est notre projet commun, que je ne peux pas le laisser seul avec deux enfants. C'est cette pensée-là qui me donne la force de continuer à me battre. 

Je passe plusieurs heures en réanimation. 

Quand je retrouve enfin Guillaume, il est près de 23 heures. Lily est née à 17 heures. La toute première chose que je lui dis, c'est : J'ai eu peur de mourir. 

Le lendemain, je remonte en maternité. Mais Lily et moi sommes séparées. 

Elle est hospitalisée en néonatalogie avec son papa. Moi, je suis seule de l'autre côté du bâtiment. Je ne peux la voir qu'une petite heure le lendemain, une fois installée dans ma chambre. Ensuite, ils viennent me voir une à deux fois par jour. C'est devenu notre petit rituel. Guillaume laisse Lily quand ce n'est pas l'heure du biberon pour venir déjeuner avec moi. Franchement, c'est une force de la nature. Un roc. Il est exceptionnel. 

De mon côté, je dois me remettre de l'hystérectomie. 

J'ai un drain dans le bas-ventre relié à une poche qui recueille encore le sang. On l'appelle mon sac à main. Ce drain me fait tellement souffrir que je ne peux faire mes premiers pas que deux jours après l'opération. Il me faudra quatre jours pour réussir à me lever seule. 

Étonnamment, je ne ressens ni frustration ni tristesse d'être séparée de Lily. 

Je suis tellement mal en point que je sais que je serai incapable de m'occuper d'elle. Alors je me concentre entièrement sur ma convalescence. J'ai un objectif très clair : récupérer le plus vite possible pour qu'ils puissent me rejoindre en toute sécurité. Deux jours après l'accouchement, je reçois d'ailleurs une nouvelle poche de sang, parce que j'ai encore des vertiges au moment de me lever. 

Et puis, une petite victoire arrive. 

Au bout de deux jours, je réussis à tirer mon lait. Les équipes font les allers-retours entre ma chambre et la néonatologie pour le donner à Lily. Je l'allaite pendant un mois. Cinq jours plus tard, Lily et Guillaume me rejoignent enfin en maternité. Nous y resterons encore quelques jours, avant de pouvoir rentrer tous les quatre à la maison. 

Six litres de poches de sang données par des inconnus, c'est concrètement ce qui fait que je suis là aujourd'hui pour voir grandir mes enfants. 

La prévention sur le placenta prævia et le placenta accreta reste beaucoup trop méconnue : quand je cherche des informations accessibles sur le sujet, j'en trouve très peu. Le don du sang, pour moi, n'a plus rien d'abstrait : six litres de poches de sang données par des inconnus, c'est concrètement ce qui fait que je suis là aujourd'hui pour voir grandir mes enfants. 

Ce que je retiens surtout de cette épreuve, c'est l'importance de choisir un entourage solide : des proches capables de me transmettre de la sérénité plutôt que de la peur ou de la pitié. C'est cette bulle protectrice, que j'impose même à mes parents, qui me porte tout au long de l'aventure. Je fais aussi la paix avec ma culpabilité. Dans la salle d'opération, ce n'est pas à mes enfants que je pense pour tenir, mais à Guillaume : je refuse de le laisser seul avec eux. J'ai compris que peu importe la pensée qui me traverse l'esprit à cet instant, c'est elle qui me donne la force de me battre, et c'est tout ce qui compte. 

Et puis il y a la puissance des femmes, tout simplement. Dans tous mes séjours en maternité, dans les couloirs, dans les chambres, je ne croise que des femmes d'une résilience qui me laisse sans voix. Branchées de partout, sous traitement, surveillées en permanence, et pourtant d'une solidité incroyable.  

Les tips de Vi : 

Si vous vivez une grossesse marquée par un placenta praevia ou un antécédent de synéchies utérines, informez-vous et posez toutes vos questions à votre équipe médicale : ce sont des complications encore trop méconnues, et vous avez le droit de comprendre ce qui vous arrive. Choisissez aussi votre entourage pendant ces épreuves : il n'a pas besoin d'être parfait, juste solide et tourné vers l'avenir plutôt que vers la peur. Et si des pensées vous semblent "égoïstes" dans les pires moments, faites-vous la paix : ce qui vous donne la force de vous battre n'a pas à être justifié. 

Le mot de la fin : 

Carpe Diem ! La vie est un miracle. Léon et Lily sont ce que j'ai de plus précieux au monde, et si je suis là pour le dire, c'est grâce à une équipe médicale incroyable ce jour-là, à mes proches, et à des inconnus qui ont pris vingt minutes de leur temps pour donner leur sang. La vie c'est fragile, oui. Mais c'est surtout incroyablement beau quand on arrête de la regarder en passant. 

💡 Les infos utiles  

Qu’est-ce que le placenta prævia?
Le placenta prævia est une complication obstétricale dans laquelle le placenta est implanté trop bas dans l'utérus et recouvre partiellement ou totalement le col de l'utérus. Cette position peut provoquer des saignements, en particulier au troisième trimestre, et empêcher un accouchement par voie basse.  

Qu'est-ce que le placenta accreta ? 
Le placenta accreta est une complication obstétricale rare dans laquelle le placenta s'implante anormalement dans la paroi utérine et refuse de se décoller après l'accouchement. Il est souvent associé à des antécédents de chirurgie utérine (curetage, hystéroscopie, césarienne). Sans prise en charge immédiate, il peut provoquer une hémorragie massive engageant le pronostic vital. 

Le don du sang 
Donner son sang est un geste simple, rapide et accessible à tous dès 18 ans. En moins d'une heure, un don peut sauver jusqu'à trois vies.
Rendez-vous sur dondesang.efs.sante.fr pour trouver le point de collecte le plus proche.

Témoignage recueilli par Charlotte Attal responsable éditoriale Short Stories.
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