Géraldine a toujours rêvé d'une famille nombreuse, celle qui lui aurait offert la présence et la sécurité qui lui ont tant manqué enfant. Avec Mickaël, elle construit cette famille dont elle rêve. Mais un jour, son fils Ezio, 18 mois, se noie dans la piscine familiale. Inanimé, il est victime d'un arrêt cardiaque. Les gestes de premiers secours pratiqués par Géraldine, appris quelques mois plutôt, lui sauvent la vie.
"Je m'appelle Géraldine, j'ai 38 ans, je viens de l’Isère où j'ai grandi à la campagne, et je vis aujourd'hui en Belgique depuis 10 ans. Je suis pharmacienne, spécialisée en pharmacovigilance : je surveille les médicaments et m'assure que leur balance bénéfice-risque reste positive pour la population. Ma famille est composée de mon mari, Mickaël et de nos trois enfants, Nina, 5 ans et demi, Orso, 3 ans, et Ezio, 18 mois.
🔸 2018
Notre histoire d’amour a commencé le jour de mes 30 ans, grâce à une application de rencontre. À l'époque, je n'y crois plus vraiment. Lui est tout mon contraire : extraverti, sociable, toujours entouré. Pourtant, dès notre premier rendez-vous, tout est d'une incroyable simplicité.
Je tombe amoureuse de son humour, de sa sincérité et du fait qu'il ne cherche jamais à me séduire à tout prix. Avec lui, je ressens, pour la première fois, l'envie de fonder une famille. Moi qui n'ai jamais vraiment désiré d'enfants, tout devient une évidence.
Nous nous marions quatre ans plus tard, en Espagne, dans un petit restaurant de pêcheurs au bord de la mer, choisi presque par hasard.
“J'ai toujours rêvé d'une famille nombreuse. J'ai envie d'offrir à mes enfants ce qui m'a tant manqué : une présence, de la sécurité, des liens solides et un amour inconditionnel.”
J'ai grandi dans une fratrie de trois enfants, mais avec un écart d'âge important : mes frères ont 8 et 16 ans de plus que moi. Finalement, chacun de nous grandit un peu comme un enfant unique. Aujourd'hui encore, nous avons peu de liens. Avec l'un de mes frères, je choisis même de prendre mes distances à l'âge adulte. Durant mon enfance, il est violent envers moi, physiquement comme psychologiquement. Préserver mon équilibre devient une nécessité.
Cette histoire influence profondément la mère que je veux devenir. Petite, je ressens souvent la solitude. Mes parents travaillent énormément et sont peu présents. C'est sans doute pour toutes ces raisons que je rêve d'une famille nombreuse. J'ai envie d'offrir à mes enfants ce qui m'a tant manqué : une présence, de la sécurité, des liens solides et un amour inconditionnel.
🔸 2020
L'envie de devenir mère arrive assez tard dans ma vie, autour de mes 30 ans. Avant cela, je suis entièrement tournée vers ma carrière et ma construction personnelle.
Je tombe enceinte de notre premier enfant à 32 ans, Nina, notre fille, arrive deux ans après notre rencontre.
Mes trois grossesses se déroulent sereinement, à une exception près : celle de mon fils Orso.

🔸 2023
Juste après notre mariage, j’apprends que je suis enceinte et que je suis positive au CMV. Je suis sous le choc. Toutes mes émotions se mélangent à ce moment-là… La joie d’être enceinte mêlée à la peur. Avoir contracté le cytomégalovirus (CMV) en tout début de grossesse fait naître en moi un sentiment d'hypervigilance et une profonde culpabilité.
S'ensuivent plusieurs mois d'angoisse, jusqu'à l'amniocentèse qui nous apprend que le virus n'a finalement pas traversé la barrière placentaire et que notre bébé n'est donc pas touché. Le jour de sa naissance, une nouvelle frayeur nous attend : Orso naît en détresse respiratoire et cardiaque. En plein travail, son cœur ralentit brutalement. On me place un masque à oxygène sur mon visage, Mickaël me prend la main, et m'explique qu'il faut que je respire profondément pour que je transmette de l’oxygène à notre bébé. Puis, soudain, les battements reviennent.
Mon bébé naît finalement par voie basse, mais le voir pris en charge immédiatement reste l'un des moments les plus éprouvants de ma vie. Même lorsque son état se stabilise, il me faut longtemps avant de retrouver un sentiment de sécurité.
“Je suis envahie par une peur intense de perdre mes enfants. Les pensées intrusives et l'angoisse de la mort sont omniprésentes.”
Le souvenir le plus marquant de chacune de mes maternités reste le moment où je découvre mon bébé et où je le prends contre moi en peau à peau. C'est un instant suspendu, un mélange d'émerveillement, d'amour et de gratitude que les mots peinent à décrire. En parallèle, chacun de mes post-partums est psychologiquement difficile. Très vite, je suis envahie par une peur intense de perdre mes enfants. Bien que les grossesses et les naissances de Nina et d'Ezio se passent, sans difficulté, les pensées intrusives et l'angoisse de la mort prennent toute la place, au point que je commence une thérapie avec une psychologue.

🔸 2024
Après la naissance d'Ezio, ces angoisses deviennent si présentes qu'elles me poussent à m'inscrire à une formation de la Croix-Rouge pour apprendre les gestes de premiers secours. J'espère me rassurer. Jamais je n'imagine que quelques mois plus tard, je devrai pratiquer un massage cardiaque et une réanimation cardio-pulmonaire sur mon propre fils.
“Lorsque je le sors de l'eau, il est bleu, inanimé, les yeux ouverts, sans réaction. À cet instant, une partie de moi s'effondre.”
🔸 2026
Il y a peu de temps, notre vie a basculé en quelques secondes. Ezio, notre fils de 18 mois, est tombé dans la piscine familiale. Quand je le sors de l'eau, il est bleu, inanimé, les yeux ouverts, sans réaction. À cet instant, une partie de moi s'effondre. Je fais face au pire cauchemar qu'un parent puisse imaginer.
Puis quelque chose se passe. Mon cerveau refuse d'accepter que mon bébé puisse mourir. Je ne réfléchis pas une seule seconde : j'agis. J'allonge immédiatement Ezio au sol et je commence la réanimation cardio-pulmonaire. Je compte les compressions thoraciques à voix haute, j'alterne avec les insufflations, encore et encore, pendant que je crie à mon mari d'appeler le 112. Je n'ai qu'une seule pensée : il doit vivre. Pour lui. Pour moi. Pour nous.
“Le médecin m'explique qu'il a bien fait un arrêt cardiaque, et que les gestes de réanimation ont permis de le maintenir en vie jusqu'à l'arrivée des secours.”
Ezio recrache de l'eau. Ses yeux commencent à bouger. Au téléphone, on me dit d'arrêter le massage cardiaque. Quelques instants plus tard, les secours arrivent. La prise en charge est extrêmement rapide. Aux soins intensifs, son cœur bat de nouveau ; les examens de ses poumons et les prises de sang sont rassurants. Le médecin m'explique qu'il a bien fait un arrêt cardiaque, et que les gestes de réanimation cardio-pulmonaire que j'ai pratiqués ont permis de le maintenir en vie jusqu'à l'arrivée des secours. Sans eux, il n'aurait rien pu faire.
Ce jour-là, je découvre en moi une force dont j'ignorais l'existence. Un instinct de protection absolu, plus fort que tout. Avec le recul, je comprends aussi que cet automatisme n'a rien d’un miracle : je l'avais appris quelques mois plus tôt lors de cette formation aux gestes de premiers secours de la Croix-Rouge, juste après sa naissance.
Beaucoup de personnes me disent que j'ai eu des réflexes exceptionnels. Je ne le ressens pas ainsi. J'ai simplement fait ce que j'avais appris. Dans ces moments-là, on ne réfléchit plus : on agit.

“On dirait une naissance (...) Une partie de moi est restée au bord de cette piscine, mais une autre est née ce jour-là.”
Voir son enfant flotter dans une piscine, inanimé, le corps bleu, les yeux vitreux, est la pire chose qu'un parent puisse vivre. J'ai l'impression que ma vie s'arrête avec la sienne. Puis, quelques minutes plus tard, je le vois revenir à la vie. C'est à la fois la pire et la plus belle chose qu'une maman puisse vivre. À l'hôpital, alors que je le tiens en peau à peau, mon mari me dit : “On dirait une naissance.” C'est exactement ce que je ressens. Une renaissance.
Ma psychologue me dit que ce jour marque une cassure, suivie d'une renaissance. Je crois qu'elle a raison. Une partie de moi est restée au bord de cette piscine, mais une autre est née ce jour-là. Je découvre la femme, mais aussi la mère que je suis capable d'être face à l'impensable. Il y a aussi l'après. La culpabilité immense de ces deux minutes où je l'ai laissé seul. La procédure judiciaire automatique qui suit ce type d'accident, et qui me fait me sentir suspecte alors que je viens de vivre le pire drame de ma vie. Tout cela est extrêmement lourd à porter.
“Aujourd'hui, quand je regarde mon fils courir, rire et grandir, je mesure que le plus beau souvenir de ma vie est celui où j'ai pu le ramener à la vie.”
Cette épreuve m'apprend que nous sommes capables de trouver en nous des ressources dont nous ignorions l'existence. Face à l'impensable, je n'ai pas réfléchi : j'ai agi. Mais je découvre aussi que survivre à un tel événement ne signifie pas que tout redevient normal. Je dois désormais apprendre à vivre avec un stress post-traumatique. Dans ma tête, deux réalités coexistent sans cesse : celle où je revois mon bébé inanimé, flottant dans la piscine, et celle où je le vois courir, rire et vivre comme si rien ne s'était passé. Ces deux images habitent désormais le même cœur.
Aujourd'hui, quand je regarde mon fils courir, rire et grandir, je mesure que le plus beau souvenir de ma vie est celui où j'ai pu le ramener à la vie. Je réalise plus que jamais à quel point la vie peut basculer en une fraction de seconde. Embrasser mes enfants, les serrer contre moi, sentir leur présence : voilà ce qui compte réellement."

Les tips de Géraldine :
Avec le recul, je ne referais pas les choses différemment le jour de l'accident : j'ai agi comme j'ai pu, avec les ressources que j'avais, et ces gestes ont sauvé la vie de mon fils. En revanche, cette épreuve m'a appris qu'un accident peut arriver en quelques secondes, même à des parents attentifs. Aujourd'hui, je redouble de vigilance autour de l'eau et je mesure à quel point la prévention est essentielle.
À toutes celles qui vivent la même situation : d'abord, ne restez pas seule, ce que vous vivez est d'une violence indescriptible. Si vous êtes en train de réanimer votre enfant, continuez les gestes jusqu'à l'arrivée des secours ou jusqu'à ce qu'on vous dise d'arrêter, chaque seconde compte. Et si votre enfant a survécu, sachez que vous pouvez ressentir des émotions contradictoires : une immense gratitude parce qu'il est vivant, mais aussi des images qui reviennent sans cesse, de la culpabilité, de la peur. C'est normal après un tel traumatisme. Demandez de l'aide si vous en ressentez le besoin.
Enfin, j'aimerais dire à tous les parents : formez-vous aux gestes de premiers secours. On espère ne jamais avoir à les utiliser, mais ils peuvent sauver la vie de votre enfant. Ils ont sauvé celle d’Ezio.
La pensée freestyle de Géraldine :
Merci pour votre écoute et votre bienveillance.
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