Juliette a toujours rêvé d’être mère. Après un avortement, une grossesse extra-utérine (GEU) puis deux grossesses marquées par des vomissements extrêmes durant 9 mois, son chemin vers la maternité ne s’est pas écrit comme elle l’avait imaginé. Le diagnostic d’un prolapsus génital, posé après s’être battue pour être entendue, a été un choc physique, intime et brutal. Mais il a révélé en elle une force insoupçonnée. Celle qui l’a menée vers ce bonheur auquel elle aspirait.
Je m'appelle Juliette, j'ai 35 ans, je suis née à Paris, je suis dans la finance de marché, plus particulièrement dans la gestion de portefeuille. Ma famille est composée de mon mari Jerry et de mes deux filles : Dolly, 6 ans et Gaby, 4 ans.
J'ai rencontré mon mari par une amie que nous avions en commun, convaincue que nous étions faits pour être ensemble. Et elle ne s'est pas trompée ! Dès le premier regard, lors de notre premier rendez-vous, je suis tout de suite séduite par son côté rassurant, stable et droit. Je sais instantanément que c'est lui.

« Mon rapport à la maternité s'impose d'abord à moi de manière brutale. »
J'ai toujours voulu être maman, c'était une évidence pour moi. Je viens d'une famille de trois enfants : mon grand frère Alexandre, qui a six ans de plus que nous, et ma sœur jumelle Laetitia, dont je suis ultra proche.
Mon rapport à la maternité s’impose d’abord à moi de manière brutale. J'ai 19 ans et je vis ma première vraie histoire d'amour. Je ne suis pas la plus assidue avec la pilule et je tombe enceinte. Il n'est pas question de garder cet enfant : ce n'est ni le moment, ni le bon partenaire. J’ai recours à l’IVG pour la première fois. Cet avortement, je le traverse évidemment dans la douleur et la tristesse, mais je passe vite à autre chose. Je sais pertinemment que c'est le meilleur des choix à faire.
🔸 2016
« En réalité, je suis en train de faire une grossesse extra-utérine. Un choc. »
Je viens de commencer ma relation avec Jerry et mon gynécologue m'a conseillé la pose d'un stérilet. Le mois suivant, Jerry décide de me quitter, il n'est pas aussi attaché que moi au début. Je me retrouve à pleurer en permanence, d'une sensibilité extrême et avec de grosses douleurs au ventre. En réalité, je suis en train de faire une grossesse extra-utérine. Un choc.
La panique passée, je recontacte Jerry. À mes yeux, il doit être au courant de ce que je traverse. Et c'est au fur et à mesure des démarches et de l'hospitalisation que nous nous remettons ensemble. Finalement, je vois cela comme un signe que la vie ne voulait pas nous séparer.
Le traitement fonctionne, mais les médecins me préviennent rapidement qu'une de mes trompes a pu être endommagée, voire bouchée et que le risque de récidive est non négligeable. J'enfouis ce sujet au fond de moi. Pourtant, à travers ces expériences, je comprends que je suis visiblement très fertile. À la suite de ma GEU, mon rapport à la maternité devient une source profonde d'anxiété et d'angoisse. Alors que c'était mon rêve, d'aussi loin que je m'en souvienne.
🔸 2019
« Elles sont impeccables. J'en pleure de joie tant j'ai accumulé d'angoisse pendant toutes ces années. »
Un an après notre mariage, nous décidons de nous lancer dans l'aventure des essais bébé. Avant de commencer, je passe une hystérosalpingographie pour vérifier l'état de mes trompes. Elles sont impeccables. J'en pleure de joie tant j'ai accumulé d'angoisse pendant toutes ces années.
Après seulement deux ou trois mois d'essais, j'ai mon premier test positif… le bonheur total !

Je fais partie de ces femmes dont les vomissements ne s'arrêtent pas au premier trimestre. Ils durent neuf mois, avec une intensité extrême. On me parle d’hyperémèse gravidique. Je n’avais jamais entendu ce terme. Pour autant, mon état n’entache pas le bonheur que je vis. J'accouche finalement de Dolly, cinq jours après le terme. C'est un accouchement par voie basse absolument idyllique, tout en douceur et sans aucune douleur (un grand merci à la péridurale).
Dolly est un bébé modèle et nous savourons chaque seconde du confinement pour nous retrouver tous les trois dans notre nouveau cocon.
🔸 2021
18 mois plus tard, nous tentons le bébé numéro 2. Il arrive très vite et nous sommes heureux, mais les vomissements intenses reprennent de plus belle (spoiler : ils dureront aussi pendant toute la grossesse) et me valent d'être alitée une bonne partie de mon premier trimestre. L’hyperemèse gravidique est plus intense pour cette seconde grossesse, je vomis littéralement jusqu’à la veille de mon accouchement.
« Personne ne me croit ni ne comprend ce que je ressens. »
À sept mois de grossesse, pendant les vacances de Noël, je vis un événement traumatisant. Alors que je me balade tranquillement sur la plage de Deauville, je ressens soudain une lourde pesanteur dans le bas du ventre. De retour à la maison, je vais aux toilettes et là, le choc : je sens quelque chose au niveau de ma culotte, une sorte de grosse boule qui sort… Prise de panique, je pense immédiatement à la tête du bébé et nous nous précipitons vers les urgences les plus proches.
Après une longue attente, un médecin m'ausculte enfin, mais il ne m'apprend rien… Selon lui, tout est strictement normal. Je ne comprends pas.
De retour à Paris le lendemain, le phénomène se reproduit. Je cours de nouveau aux urgences, et on me dit une fois de plus que tout va bien. Mais moi je sais que ça ne va pas. Personne ne me croit ni ne comprend ce que je ressens.
« Le diagnostic tombe enfin : c'est une descente d'organes. »
Le soir même, cette sensation de pesanteur recommence. Je prends mon courage à deux mains et je décide de prendre une photo. Je retourne aux urgences, cette fois avec la preuve à l'appui. Le diagnostic tombe enfin : c'est un prolapsus génital, autrement dit, une descende d’organes.
Heureusement, le bébé est en parfaite santé, ce problème n'ayant aucun lien avec son état. Cette descente d'organes s'explique par plusieurs facteurs : le poids du bébé, des tissus fragilisés par les vomissements répétés, les hormones et, je dois bien l'avouer, une mauvaise rééducation du périnée après mon premier accouchement. Je la vivais comme une contrainte alors je l’ai vraiment négligée.
Malgré tout, je vis cela comme un véritable choc pour ma féminité et mon intimité. Je dois rester quasiment alitée jusqu'à la fin de ma grossesse et programmer une césarienne. Celle-ci est une épreuve particulièrement douloureuse, voire un traumatisme… je ne suis jamais rentrée dans un bloc opératoire et je la vis comme un moment très froid, très brutal.
« J'ai compris que personne ne connaît mon corps mieux que moi-même, et qu'il faut parfois oser insister pour être entendue. »
C'est sans doute pour toutes ces raisons que le lien avec Gaby n'est pas immédiat. Il s'est construit plus tard, bien plus tard. Aujourd'hui, cet amour est évidemment plus fort que tout, et même s'il m'arrive de m'en vouloir d'avoir traversé ce détachement au début, c'est ainsi, c'est notre histoire. Ma descente d’organes n’a plus été un sujet dès lors que j’ai accouché. Il n’y avait plus de poids donc plus rien qui poussait, et je peux vous dire que j’ai fait ma rééducation du périnée de manière assidue cette fois !
Cette épreuve m'a appris à faire une confiance absolue à mon instinct. J'ai compris que personne ne connaît mon corps mieux que moi-même, et qu'il faut parfois oser insister pour être entendue.
« L'amour maternel n'est pas un interrupteur, c'est parfois un lien qui se construit pas à pas, et qui n'en est que plus fort. »
J’ai vécu mon bliss au premier regard de Dolly et à notre peau à peau, mais mon chemin m’a aussi libéré du mythe de la maternité parfaite et linéaire. Entre les traumatismes physiques, une césarienne brutale et l'absence de coup de foudre immédiat pour ma deuxième fille Gaby, j'apprends à ne plus culpabiliser. L'amour maternel n'est pas un interrupteur, c'est parfois un lien qui se construit pas à pas, et qui n'en est que plus fort.

Et surtout je mesure à quel point notre corps de femme est puissant et vulnérable. Mon histoire m'apprend l'importance d'en prendre soin, de l'écouter, et d'accepter que les épreuves, qu'elles touchent le corps ou le couple, peuvent devenir des forces et des signes du destin.
La magie d’une grossesse, c’est qu’on oublie souvent ce qu’on a pu endurer pendant 9 mois. Comme si notre bonheur prenait une place bien trop immense pour laisser les mauvais souvenirs ressurgir. Aujourd’hui, malgré mon IVG, ma GEU, mon hyperémèse gravidique et ma descente d’organes, je le dis haut et fort, je me sens prête à retomber enceinte. Car au fond, mon corps a subi, mais il m'a donné une leçon : il m’a appris la force, la résilience d’une femme prête à devenir mère. Et je pense sincèrement qu’elles sommeillent en chacune de nous.
Les tips de Juliette :
Si je pouvais remonter le temps… je ferais une rééducation du périnée d'enfer ! S'il y a bien un message que je veux faire passer à toutes les femmes, c'est celui-ci : ne négligez jamais, au grand jamais, cette étape. On a tendance à la voir comme une contrainte après l'accouchement, mais c'est un investissement crucial pour notre corps, notre féminité et notre avenir.
La pensée freestyle de Juliette :
Soyez indulgente avec vous-même. Nos cicatrices, qu'elles soient physiques ou invisibles, racontent simplement à quel point nous avons été fortes pour aller chercher notre bonheur.

