Mathilde vit dans le Sud de la France, près d’Avignon, où elle gère l’entreprise familiale aux côtés de son père et de son frère. Lorsqu’elle tombe enceinte de leur deuxième enfant, son mari Guillaume apprend qu'il est atteint d'un cancer du poumon. L’analyse anatomopathologique révèle finalement qu’il s’agit d’un synovialosarcome, un cancer rare et agressif. Elle nous livre ici un récit de maternité au cœur du deuil, empreint d'une résilience inouïe et porteur d’énormément d'espoir.
Je m’appelle Mathilde, j’ai 33 ans et je vis dans le Sud de la France, du côté d’Avignon. J’ai été mariée à Guillaume, décédé à l’âge de 40 ans. Ensemble, nous avons eu deux filles : Victoire, notre aînée, qui a 6 ans et Violette, notre petite dernière qui a 3 ans.
Je rencontre Guillaume par l’intermédiaire de sa sœur. C’est un garçon solaire, très élégant, charismatique et toujours de bonne humeur. Il est ambitieux, cultivé, avec une grande empathie pour les autres et une vraie curiosité pour le monde qui l’entoure.
Depuis toute jeune, j’ai ce désir de maternité en moi et, avec Guillaume, tout devient une évidence. Après quelques mois de vie commune, nous décidons de lancer notre projet bébé. Victoire arrive assez vite dans nos vies et, lorsqu’elle a environ 2 ans, l’envie d’avoir un deuxième enfant se fait naturellement sentir.
Une grossesse au milieu du combat
J’ai la chance de tomber enceinte très facilement. Un jour de novembre, alors que je commence à avoir des nausées, je décide de faire un test au bureau. Il devient positif presque immédiatement. Je suis aux anges et je me languis de rentrer le soir pour annoncer la nouvelle à Guillaume. Quand je lui apprends que je suis enceinte, nous sommes tellement heureux. À ce moment-là, tout va bien et nous ne nous doutons absolument pas de ce qui est sur le point de nous arriver.
“Deux semaines après avoir appris ma grossesse (...) le verdict tombe : le médecin nous annonce qu'il a un cancer des poumons”
Mais quelques jours plus tard, Guillaume commence à tousser et se sent très fatigué. Au bout d’une semaine, il consulte sa médecin généraliste. Elle n’est pas particulièrement inquiète, mais lui prescrit une radio des poumons si la toux persiste.
Deux semaines après avoir appris ma grossesse, Guillaume passe finalement cette radio, qui se révèle suspecte. Il enchaîne immédiatement avec une IRM et là, le verdict tombe : le médecin nous annonce qu’il a un cancer des poumons avant de nous souhaiter simplement « bonne chance ». À partir de ce moment-là, le parcours du combattant commence.
TEP-scan, hospitalisation en urgence à l’Hôpital Nord de Marseille, lobectomie… Tout s’enchaîne alors que je suis enceinte d’à peine un mois et demi. La chirurgie entraîne des complications, puis vient la radiothérapie. Pendant ce temps, je suis à Avignon avec Victoire, enceinte de notre deuxième enfant, tandis que Guillaume est hospitalisé à Marseille. Il faut gérer la grossesse, notre fille, les trajets, les nouvelles médicales qui tombent les unes après les autres.
“Le diagnostic est posé : c’est un cancer agressif, un synovialosarcome.”
Au départ, les médecins pensent que la tumeur n’est pas cancéreuse. Mais lorsque l’analyse anatomopathologique tombe, le diagnostic est posé : c’est un cancer agressif, un synovialosarcome. Je suis enceinte et, en même temps, je découvre que l’homme avec lequel je construis ma famille est gravement malade. Dans cette période-là, je passe d’un rendez-vous médical à l’autre avec mon ventre qui s’arrondit et Victoire à mes côtés.
Avril 2023 : entre grossesse et espoir
“Je sais malgré tout que le synovialosarcome est un cancer dont l’évolution peut être très rapide et que l’avenir reste incertain.”
Entre avril et juillet 2023, tout est encore très médicalisé, mais nous voulons croire que le plus dur est derrière nous. Les médecins ont retiré la tumeur et, malgré tout ce que nous avons traversé, je veux me raccrocher à cette grossesse et à l’arrivée de notre deuxième bébé.
Je donne naissance à Violette en juillet 2023. Son arrivée est évidemment un immense bonheur, mais elle reste aussi marquée par beaucoup d’angoisse. J’accouche pourtant avec un peu plus d’apaisement parce qu’à ce moment-là, nous pensons vraiment avoir passé le plus gros de la maladie. Je sais malgré tout que le synovialosarcome est un cancer dont l’évolution peut être très rapide et que l’avenir reste incertain.
Pendant quelques semaines, nous essayons simplement de profiter de notre famille à quatre. Je suis en post-partum, j’allaite Violette, nous découvrons notre nouvelle vie avec deux enfants et, pour la première fois depuis des mois, nous avons envie de croire que nous allons pouvoir souffler un peu.
Mais un mois après la naissance de Violette, le scan de contrôle révèle une récidive.
La chimio, le post-partum et la vie en mode warrior
“La maladie devient notre quotidien. Et au milieu de tout ça, je dois continuer à vivre ma maternité.”
Un mois plus tard, Guillaume reprend la chimiothérapie. Il part du lundi au jeudi et, pendant ce temps, je suis seule à la maison avec mes deux bébés, en plein post-partum. J’allaite Violette, je m’occupe de Victoire et, malgré la fatigue et l’inquiétude, je me mets en mode warrior pour Guillaume et pour mes filles.
Au début, il essaie de continuer à profiter de nous autant qu’il peut entre les séances, mais très vite, le rythme des chimiothérapies devient si intense qu’il ne connait plus de véritable moment d’accalmie. Il y a toujours une fatigue, un examen, une nouvelle hospitalisation ou un nouveau traitement qui vient prendre le dessus.
La maladie devient notre quotidien. Et au milieu de tout ça, je dois continuer à vivre ma maternité. Il y a mes deux filles, les nuits hachées, l’allaitement, le post-partum, mais aussi cette envie de préserver autant que possible une vie de famille normale pour elles.
En décembre 2023, Guillaume doit subir une nouvelle opération, alors même que la chimiothérapie est encore en cours. Les traitements commencent en septembre et se terminent en mars 2024.
“Je comprends qu’il ne faut pas avoir peur de montrer aux enfants ce qu’est réellement la maladie, ni minimiser les choses pour essayer de les protéger.”
J’essaie de faire plein de choses avec les filles, de rester dans l’action, de leur créer des souvenirs et de garder une forme de légèreté à la maison. Je me raccroche énormément à elles pour tenir. C’est aussi ce qui me permet de ne pas me laisser complètement happer par la maladie.
Violette a un an lorsque nous apprenons une nouvelle récidive. Cette fois, on nous annonce qu’il n’y a plus rien à faire.
Dès que je réalise que la situation devient vraiment grave, je fais accompagner Victoire par une psychologue. Cela m’aide énormément et me permet surtout de trouver les mots pour lui parler très clairement de ce qui est en train de se passer. Je comprends qu’il ne faut pas avoir peur de montrer aux enfants ce qu’est réellement la maladie, ni minimiser les choses pour essayer de les protéger.
Guillaume décide malgré tout d’essayer encore une chimiothérapie médicamenteuse. Nous continuons à avancer avec ce mélange d’espoir et de lucidité qui nous accompagne depuis des années. J’ai appris à ne jamais complètement renoncer à l’idée que les choses puissent s’améliorer.
En décembre 2024, nous partons tous les quatre à l’île Maurice pour un voyage en famille. Guillaume est évidemment très affaibli, mais je sais qu’il était heureux à ce moment-là. Nous y passons un dernier Noël tous ensemble. C’est un moment magique et, en même temps, extrêmement difficile pour moi parce que je sais très bien ce que ce voyage signifie.
À notre retour, Guillaume est hospitalisé à domicile. La maladie est désormais très présente et je comprends progressivement que la fin approche.
Guillaume fête son quarantième anniversaire le 27 avril 2025. Quelques jours plus tard, son état s’aggrave.
Trois jours avant sa mort, nous le rapatrions à la maison. Toute la famille est réunie autour de lui : nos filles, sa famille, la mienne. Nous sommes tous là.
Je passe ces derniers moments avec mes enfants, auprès de Guillaume, entourée des gens que nous aimons. Malgré la douleur, je veux qu’elles puissent être là, qu’elles voient leur père, qu’elles comprennent ce qui se passe et qu’elles gardent aussi le souvenir de cette famille réunie autour de lui.
Guillaume décède le 11 mai 2025.
Une team de girls heureuses et joyeuses
“Je veux que mes filles puissent parler de leur père, raconter des souvenirs, entendre son prénom et continuer à le faire vivre dans notre quotidien.”
Je retiens qu’à partir du moment où on a un problème de santé, on n’a plus vraiment d’autre souci sur terre. Cette épreuve m’a appris à mesurer chaque jour la chance d’être en bonne santé et de pouvoir réaliser ses rêves.
Aujourd’hui, je souhaite simplement que nous soyons une team de girls heureuses et joyeuses. Et lorsque nous parlons de Guillaume à la maison, je ne veux surtout pas que ce soit un sujet tabou. Bien au contraire. Je veux que mes filles puissent parler de leur père, raconter des souvenirs, entendre son prénom et continuer à le faire vivre dans notre quotidien.
J’ai eu une vie très dure entre mes 30 et mes 33 ans. Mon corps aussi a beaucoup encaissé. Pendant trois ans, j’ai régulièrement eu mal au ventre. Ce n’est que récemment que je me décide à consulter, après la mort de Guillaume. Ma gastro-entérologue me propose des antidépresseurs alors que, paradoxalement, je ne me sens pas particulièrement mal psychologiquement. Mais je comprends que mon corps a accumulé énormément de choses et qu’il a fini par répondre à ma place. Depuis que je prends ce traitement, mes douleurs au ventre ont quasiment disparu. Je le vois comme une béquille qui m’aide à avancer après tout ce que mon corps et mon esprit ont traversé.
Je crois aussi que la vie est aussi belle que dure et que les choses qui nous arrivent n’arrivent pas forcément par hasard. Je pense que si j’ai été sur le chemin de Guillaume à ce moment-là, c’est peut-être parce que j’étais capable d’affronter cette épreuve.
Les tips de Mathilde
- Mesurer chaque jour la chance d’être en bonne santé
- Garder la soif de vivre et tenir le cap
- S’accrocher à ce qui nous aide à avancer. Pour moi, le sport a été un vrai moteur.
- Ne pas faire du deuil un sujet tabou : Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de parler de la mort avec les enfants ni de leur montrer ce qu’est réellement la maladie. Parler de la personne qui est partie, raconter des souvenirs et continuer à évoquer sa présence permet aussi de faire vivre son histoire.
Le mot de la fin de Mathilde
Malgré ces trois années de maladie, les opérations, les chimiothérapies et les essais cliniques, il faut tenir le cap. L’espoir fait vivre et je m’y suis toujours accrochée. C’est aussi ce qui nous a permis de tenir pendant trois ans.
J’ai eu la chance d’être accompagnée par une psychologue après la première récidive. J’étais encore enceinte, Guillaume venait d’être opéré et, malgré tout, j’avais encore l’espoir qu’il guérisse. Puis la récidive est arrivée et j’ai compris que j’avais besoin de cette aide pour traverser la suite.
Quelques ressources :
- Si on parlait de la mort, de Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée.
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Tu vivras dans nos coeurs pour toujours de Britta Teckentrup
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