Sur le papier, “tout va bien”. Et pourtant, tu te sens triste, vidée, anxieuse, irritable. Il peut même t’arriver de te sentir un peu coupable de ne pas être plus heureuse. Et là, une question peut se poser : est-ce que je fais une dépression pendant ma grossesse ?Ensemble, on va essayer de mettre des mots sur ce que tu ressens et de comprendre ce que tu traverses.
⭐ Dépression pendant la grossesse : réponse express
- La dépression pendant la grossesse (ou dépression prénatale) touche environ 10 à 20 % des femmes selon l’OMS (2022).
- Elle se manifeste par une tristesse persistante, une perte d’élan, des troubles du sommeil ou une anxiété envahissante.
- Elle peut être liée aux bouleversements hormonaux, à une histoire personnelle, à la fatigue ou au contexte de vie.
- Elle se soigne : en parler à une sage-femme, un(e) médecin ou un(e) psychologue est un premier pas essentiel.
La dépression pendant la grossesse : de quoi parle-t-on vraiment ?
La dépression pendant la grossesse, aussi appelée dépression prénatale ou anténatale, est un trouble de l’humeur qui survient, enceinte.
Alors, il ne s’agit pas de la confondre avec les “petits coups de blues” qui sont liés aux hormones. Non, la dépression, elle, se caractérise par des symptômes durables (c’est-à-dire au moins deux semaines) et persistants. Elle est souvent envahissante, elle empêche de fonctionner comme on voudrait. C’est une vraie souffrance psychique qui n’est pas si isolée que ça.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2022), environ 1 femme sur 5 présente des symptômes dépressifs pendant la grossesse. Ce n’est donc ni rare, ni marginal. C’est une réalité de la maternité dont on parle trop peu.
🎙️ Dans notre podcast Bliss Stories, plusieurs invitées ont évoqué cette zone grise. Tu peux écouter leur témoignage dans notre playlist dédiée au sujet, ici.
🎧 On se souvient du témoignage de Laura qui revient sans tabou sur la noirceur qui l’a envahie alors qu’elle était enceinte de son premier enfant, et comment elle en est sortie plus forte.
Plus vite, on parle de ce qu'on ressent, plus vite on peut être prise en charge. Comme le raconte Charlotte qui a témoigné sur la dépression prénatale, pour dire qu’elle s’en est sortie, notamment grâce à une prise en charge précoce au sein de sa maternité.
🫰 Le témoignage de Charlotte sur sa prise en charge précoce est à lire ici.
Pourquoi peut-on faire une dépression pendant la grossesse ?
D’abord, il est important de préciser qu’il n’y a jamais une seule cause à la dépression pendant la grossesse qui est multifactorielle. Mais parmi les causes les plus fréquentes, on compte :
Les bouleversements hormonaux
La grossesse entraîne des variations importantes d’œstrogènes et de progestérone, qui peuvent influencer l’humeur. Certaines femmes sont plus sensibles à ces variations hormonales et peuvent être fragilisées.
Le contexte de vie
Fatigue intense, grossesse non prévue, difficultés financières, isolement, tensions dans le couple, décalage entre l'idée qu'on se fait de la grossesse (épanouie) et la réalité intérieure : tous ces facteurs peuvent peser lourd dans la balance.
L’histoire personnelle
Antécédents de dépression et de troubles anxieux, parcours de PMA éprouvant, interruption spontanée de grossesse antérieure, violences vécues... Tout ce qu'on a vécu dans le passé peut se réactiver au moment d'une grossesse et amener à une dépression.
La pression sociale
L’injonction à être “heureuse, enceinte” est omniprésente et peut être oppressante alors même que la grossesse peut aussi réveiller des peurs : perdre son identité, son couple, son corps, sa liberté.
Et parfois, il n’y a pas “d’explication logique” et toute trouvée. Juste une souffrance réelle à prendre en compte, à écouter.
Comment savoir si je suis concernée par une dépression pendant ma grossesse ?
Déjà, si tu te poses la questions, c’est une première vigilance que tu actionnes et c’est un vrai premier pas qui compte. Ensuite, il existe certains signes qui peuvent alerter.
- tristesse persistante ou pleurs fréquents
- perte d’intérêt ou de plaisir
- fatigue écrasante, au-delà de la grossesse
- troubles du sommeil importants
- sentiment de culpabilité ou d’inutilité
- anxiété constante
- difficulté à se projeter avec son bébé
- pensées noires ou idées suicidaires (là, on passe en urgence absolue
Si tu identifies l’un de ces signes, c’est important d’observer depuis combien de temps dure le symptômes et son intensité. Si un ou plusieurs d’entre eux durent depuis plus de deux semaines et impactent ton quotidien, il est important d’en parler à un.e proche ou carrément à un.e pro de santé en qui tu as confiance.
Vers qui te tourner ?
Ce n’est pas forcément l’étape la plus évidente d’oser parler, mais c’est essentielle pour la suite et surtout libérateur. Pour ça, tu peux te tourner vers une personne de confiance, avec qui tu peux facilement te confier. Cela peut être :
- un.e proche
- ta/ton sage-femme
- ton/ta gynécologue
- ta/ton médecin généraliste
- un(e) psychologue ou psychiatre
- une consultation spécialisée en périnatalité
Si tu perçois certains symptômes durant ton premier trimestre, tu peux en parler à ta sage-femme durant ton entretien prénatal précoce qui est prévu durant le quatrième mois. Il est justement prévu pour aborder ce genre de sujets un peu sensibles.
Si des idées noires apparaissent, là encore, il est préférable d’en parler le plus tôt possible pour qu’une prise en charge soit envisagée au plus vite.
Le bon réflexe ? On appelle le 15, le 112 ou les urgences psychiatriques.
En fait ce premier pas, un peu vertigineux, c’est aussi lui qui va tout changer. Parce qu’il permet de pouvoir avoir accès à des ressources dédiées et à un traitement adéquat.
Alors on oublie l’image de la camisole et des pilules, il existe plein d’autres approches. D’ailleurs, les traitements médicamenteux ne sont pas systématiques, loin de là.
Pour te donner une idée, le traitement peut être :
- une psychothérapie
- un accompagnement spécifique périnatal
- parfois un traitement médicamenteux compatible avec la grossesse (évalué au cas par cas par un psychiatre)
❗ Prendre des antidépresseurs pendant la grossesse n’est pas une décision prise à la légère mais, dans certaines situations, cela peut véritablement permettre de retrouver un peu de lumière.
🫰 Bliss tips au passage : on creuse le sujet de la dépression périnatale avec Sarah Tebeka, psychiatre à l’hôpital Louis Mourier.
📺 Tu peux retrouver toutes ses vidéos dans notre guide maternité Bliss Bump.
Les bons réflexes à avoir (et ceux à abandonner)
D’abord, oublier autant que possible le sentiment de culpabilité ou de honte. La dépression prénatale peut arriver à tout le monde et elle est complètement indépendante de notre volonté.
Ensuite, c’est toujours bon de s’autoriser à :
- oser dire “ça ne va pas”
- s’entourer de personnes sécurisantes et bienveillantes
- se reposer sans s’excuser
- accepter une aide professionnelle
On le répète mais c'est parce que c'est trop important pour ne pas le marteler : demander de l’aide, c’est un acte de responsabilité et d’amour. Pour soi et pour son bébé.
On a le droit de ne pas aller bien et d’être accompagnée pour aller mieux.
👉 5 questions sur la dépression enceinte, qu’on est nombreuses à se poser ?
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La dépression pendant la grossesse est-elle fréquente ?
Oui. Selon l’OMS (2022), elle concerne entre 10 et 20 % des femmes enceintes.
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Est-ce dangereux pour mon bébé ?
Une dépression non prise en charge peut avoir des répercussions (stress maternel, prématurité). Mais bien accompagnée, la majorité des femmes vont mieux et retrouvent une sérénité.
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Puis-je prendre des antidépresseurs enceinte ?
Certains traitements sont compatibles avec la grossesse. La décision doit toujours être prise avec un médecin spécialiste.
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La dépression enceinte disparaît-elle après l’accouchement ?
Pas toujours. Elle peut se poursuivre en post-partum si elle n’est pas traitée. D’où l’importance d’un accompagnement précoce et d’un suivi en post-partum.
Certains centres sont spécialisés comme le Centre de Psychopathologie Périnatale Paris Brune.
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Est-ce que cela signifie que je serai une “mauvaise mère” ?
Non. La dépression est une maladie, pas un trait de personnalité ni une compétence maternelle.
Nous tenons à rappeler que Bliss est là pour éveiller les consciences et partager des connaissances mais en rien pour se substituer aux professionnels de santé qui restent vos meilleurs interlocuteurs. Si tu as le moindre doute sur ton état physique et/ou psychique, n'hésitez pas à demander un avis médical.
Article rédigé par Louise, rédactrice périnatalité pour Bliss

