Parler ouvertement de la dépression pendant la grossesse - Charlotte

Parler ouvertement de la dépression pendant la grossesse - Charlotte

On parle très rarement de la dépression chez la femme enceinte, de ce mal-être qui peut noircir une grossesse et conduire vers une profonde détresse. Charlotte voulait témoigner à ce sujet pour dire qu’elle s’en est sortie, notamment grâce à une prise en charge précoce au sein de sa maternité. 

“Je m’appelle Charlotte, j’ai 34 ans.  
Je vis à Lyon et je fais de la recherche utilisateur.  
Ma famille est composée de mon mari, Ignacio, et de notre fille Alba qui a 7 mois. 

Je suis une passionnée de voyages. J'adore découvrir de nouvelles cultures et j'ai notamment vécu plus de 6 ans en Colombie, à Bogota, où j'ai rencontré mon mari Ignacio. On a d’abord été potes pendant deux ans, car on avait l’un et l’autre quelqu’un dans nos vies respectives, puis, un jour, on a décidé de se mettre ensemble. Et, il y a 4 ans, lors de mon retour en France, après avoir bien profité en Colombie (fêtes, voyages, etc.), j'ai envie de me poser et de fonder une famille... Ignacio, lui, ne voulait pas d’enfant et cela a pris du temps pour qu’il accepte. 

 

“Je veux un enfant mais ce n'est pas le bon moment” 

 

La première fois que j’apprends que je suis enceinte, c’est en voulant savoir si j'ai déjà eu la varicelle pour me faire vacciner. Comme il est contrindiqué de vacciner une femme enceinte contre la varicelle et que je n’ai pas la date de mes dernières règles (je prenais alors une pilule en continu que j’avais stoppé un mois auparavant), mon médecin me demande de faire un test de grossesse au cas où... Je fais ma prise de sang et j'apprends un matin, alors que Ignacio dort encore, que je suis enceinte. Gros choc : je veux un enfant mais ce n'est pas le bon moment : j’ai été virée de mon boulot deux jours plus tôt (la vie des scale-up non rentables) et mon mec est entrepreneur, il n'a donc pas un boulot suffisamment stable pour nous permettre de vivre avec un seul salaire. Comment faire ? Je finis par réveiller Ignacio pour lui annoncer, en pleurant, que je suis enceinte. Et là, sa réaction n’est pas celle à laquelle je m'attends : il est fou de joie ! Il ne comprend pas ma peur. On en parle et les tensions s'apaisent. On commence à se projeter et à s'imaginer parents. Puis je vais faire une première échographie avec ma belle-sœur qui est gynécologue à Marseille, où je suis de passage. Comme je n'ai plus de règles depuis longtemps, on ne peut pas dater le début de la grossesse mais il semblerait que ce soit encore un peu tôt pour entendre un cœur.... Je dois alors attendre trois semaines avant de refaire une nouvelle échographie. Les trois semaines les plus longues de ma vie. Je suis au plus mal... Le rendez-vous chez la gynécologue arrive enfin. Il y a bien un cœur mais elle ne l'entend pas battre. Elle recommande d'attendre une nouvelle semaine pour confirmer la fin de la grossesse. Et, en effet, une semaine plus tard, aucun cœur ne bat. On fait une interruption de grossesse très douloureuse où je n’ai franchement pas de soutien du corps médical. Je me revois toute seule, chez moi, un 6 août, sous 40 degrés, avec des contractions horribles malgré les antidouleurs, à devoir aider mon corps à expulser cet embryon qui ne part pas tout seul. Dur.  

 

“Aux urgences, quand tu es enceinte et que tu dis que tu as des envies suicidaires, on te renvoie chez toi.” 

 

Je tombe à nouveau enceinte d’une fille et très vite je commence à faire des crises d’angoisse. J’ai de plus en plus de mal à dormir jusqu’à faire des nuits blanches et, avec la fatigue, le moral n'est pas au top. Les crises sont de plus en plus fortes et se traduisent par une panique totale, des envies suicidaires et l'impossibilité de rester enfermée à l’intérieur d’un lieu. Non seulement je suis épuisée de fatigue parce que je ne dors plus mais je suis également en hyper vigilance sur mon état mental. Je vis l'enfer. Je ne supporte plus aucun bruit. Je ne peux plus rien faire : ni lire, ni cuisiner, ni regarder une série, rien. À ce moment, j'ai littéralement envie de me jeter par la fenêtre... ce qui me vaut plusieurs allers-retours aux urgences. Mais, le problème, avec les urgences, c'est qu'on te reçoit mais on ne te traite pas. On te donne un médicament pour te calmer sur le moment mais on ne te soigne pas sur la durée. En fait, aux urgences, quand tu es enceinte et que tu dis que tu as des envies suicidaires, on te renvoie chez toi. Je finis quand même par demander à être hospitalisée, car je sens que je peux faire une bêtise, mais il n'y a plus de places. 

Durant cette période, je vois plusieurs professionnels de santé mais aucun n'ose commencer un traitement parce que je suis enceinte. Finalement, je suis prise en charge par la psychiatre de la maternité qui met en place un traitement. Je me rappelle encore ce premier échange qu’on a dû avoir dehors, sur le parking de la maternité, pour que je ne me sente pas enfermée, tellement je suis mal psychologiquement.  

Pendant toute ma dépression enceinte, mon mari est d'un soutien infaillible. Il passe des nuits blanches avec moi, porte mes pleurs, mes angoisses, mes silences. Et puis, petit à petit, je recommence à revivre, relire, réécouter des podcasts et je me laisse vivre en attendant d'aller mieux. Grâce à la thérapie, je comprends que j’ai très peur de reproduire le schéma mère-fille que j'ai avec ma mère (historiquement, il y a des relations assez toxiques dans la famille de ma mère qui ne parle plus à sa mère). Cela explique aussi pourquoi les crises d’angoisse ont commencé juste après avoir appris le sexe de mon bébé.  

 

Mon monde s'écroule” 

 

Le jour J, j’arrive à la maternité à 9h, persuadée qu'on va me renvoyer à la maison mais le travail a commencé. On me met sous monitoring durant 1h30 avec des allers-retours des médecins qui ont du mal à capter les battements du cœur. On finit par m'emmener en salle d'accouchement pour me poser la péridurale car mes contractions sont anarchiques. Je souffre mais je suis dans ma bulle. Ensuite, le seul souvenir précis que j'ai, ce sont ces 15 personnes dans cette toute petite salle où j’entends d’un coup : "code rouge, on dit au revoir au papa". Mon monde s'écroule.... J'avais tout envisagé sauf de ne pas vivre cette rencontre avec mon mari. La césarienne d’urgence est lunaire, ça va très très vite. Quand Alba naît, je ne la vois pas, je ne l’entends pas. Elle est tout de suite emmenée pour s’assurer que tout va bien. Le problème, c'est qu'on ne me dit rien, je suis dans le flou total sur son état de santé, je suis très mal physiquement avec des envies de vomir très fortes et aucune nouvelle de ma fille et de mon mari. Je ne fais que pleurer... 

Dans la salle de réveil vide avec des bips partout, je suis seule sur mon lit. Toujours aucune nouvelle... une crise d'angoisse arrive. Je n'ai pas mes médicaments avec moi, je me mets à hurler. On ne peut rien me donner car il faut une ordonnance. Je ne comprends pas ce refus. Je suis traitée pour ma dépression dans cet hôpital, on a donc accès à toutes les informations. Mais, à ce moment, je ne suis pas du tout en état de l’expliquer. Mon mari arrive enfin. Il était avec Alba (je m'effondre car non seulement on ne l'a pas rencontrée ensemble mais en plus je ne l'ai toujours pas vue). Il va me chercher mon médicament pour me calmer et revient avec ma fille. Je suis en pleine crise d'angoisse et je ne suis pas du tout en mesure de passer du temps avec ma fille... Heureusement, un deuxième peau à peau magique avec Alba, 4 jours après la césarienne, me permet de vivre un voyage au paradis après l'enfer que j'avais vécu. Alors à la question : "comment as-tu vécu ta césarienne ?", je réponds : mal !! J'ai d'ailleurs continué la thérapie avec la psychiatre de la maternité parce que j’avais beaucoup de mal à dire que j'avais accouché. Longtemps, j’ai parlé de ma césarienne comme d’une opération et non comme d’un accouchement. 

 
“Un gros baby blues paternel pas évident à accepter” 

 

 Durant les 10 premiers jours de la vie d'Alba, c'est mon mari qui fait tout, compte tenu de mon état psychologique mais aussi physique à cause de la césarienne. C’est le "nirvana" pour lui jusqu’à ce qu’Alba commence à souffrir d’un RGO. Elle hurle après chaque biberon pendant des heures et passe sa vie en porte-bébé car c’est la seule position qui la soulage (même les bras ne la calment pas). Mon mari commence à la rejeter totalement. Il ne veut plus lui faire de câlins, dit que c’est une erreur d'avoir eu un enfant, qu’il ne l'aime pas, que s'il pouvait revenir en arrière il le ferait. Il a été si soutenant pendant la grossesse que là, il a besoin de lâcher... Un gros baby blues paternel pas évident à accepter compte tenu du chemin compliqué parcouru... Heureusement un traitement pour Alba est trouvé et sauve notre vie de jeunes parents car on peut enfin la coucher sans qu'elle hurle. Le temps des premiers sourires et des premières interactions arrive, et doucement mais sûrement, mon mari tisse de nouveaux liens avec elle. 

Il y a pas mal d'idéaux sur la beauté de la création d'une famille. Chez nous, Ignacio a finalement eu beaucoup de mal à accepter l'arrivée de notre bébé mais je le remercie de m’avoir dit ce qu’il pensait. Notre histoire, on va l'écrire ensemble, même si ce n'est pas celle qu'on voit dans les films, qu'on lit dans les livres ou que l'on entend autour de nous. On n’a pas le contrôle sur toutes ces choses, l'accepter c'est guérir. 

 

“Face à la dépression durant la grossesse, nous ne sommes jamais seules” 

 

J'ai longtemps pensé que j'étais une des rares personnes à faire une dépression enceinte, mais, en fait, on est plus nombreuses que l’on croit. Je pense que cela m'aurait beaucoup aidée de le savoir lorsque cela m'est arrivé. Enceinte, on a le droit d’être vulnérable et c'est ok de se faire accompagner lorsqu’on l’est. Le corps médical et paramédical est là pour ça. On peut être soignée et traitée lorsque cela est nécessaire. C'est au corps médical de le décider. Je ne peux donc que te conseiller d’aller aux urgences de la maternité qui te suit pour être prise en charge directement là-bas. Face à la dépression grossesse, nous ne sommes jamais seules.  

TOUT PASSE, même si c'est dur à croire quand on est en train de le vivre. C’est quand on peut enfin se retourner sur cette étape de notre vie, qu’on comprend pourquoi c'est arrivé et en quoi c’était nécessaire. Aujourd’hui, je sais que ce n'est pas parce que j'ai eu des relations toxiques avec ma mère que ce sera la même chose avec ma fille. Toute ma relation avec elle est à écrire, j'ai une feuille blanche devant moi.” 

Les tips de Charlotte 

Parler, parler, parler. S'exprimer, extérioriser, verbaliser, ne pas avoir honte de ce que l'on ressent/pense.  
Ne pas attendre et savoir demander de l'aide dès que viennent les premiers symptômes de la dépression grossesse. 
Se faire accompagner par des professionnels. 
Accepter. C'est ok de ne pas bien se sentir. L'acceptation, c'est le début de la guérison.  
Essayer de lâcher prise, arrêter de vouloir tout contrôler. 
Accepter que les choses ne se déroulent pas comme on le souhaite.  

La pensée freestyle de Charlotte 

Wahooo, j'ai tellement de choses à dire, c'est une vraie thérapie. J'avais vraiment envie de partager mon vécu car ça m'a vraiment manqué de savoir que je n'étais pas toute seule à vivre dépression enceinte. Je ne regrette rien, ça a été un loooong voyage mais qui a été nécessaire. Et aujourd’hui quand je tiens ma petite Alba dans mes bras, il n'y a plus rien autour !  

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Si tu te sens dépassée par moments ou psychologiquement fragile durant ta grossesse ou après, et que tu ressens le besoin de parler, sache qu’il existe un numéro gratuit, le 31 14, avec au bout du fil des personnes formées pour t'écouter et t’aider.   

Si ce témoignage dépression grossesse t’a éclairée ou aidée, et que tu aimerais toi aussi nous partager ton histoire pour transmettre, à ton tour, ton expérience de la maternité et ton savoir, écris-nous ! 

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