Survivre à une hémorragie de l’utérus - Léa

Survivre à une hémorragie de l’utérus - Léa

Léa est tombée enceinte 5 fois. Elle a vécu 2 fausses couches et 3 grossesses, et a accouché de 3 façons différentes. Alors qu’elle a failli perdre sa fille, victime de l’apnée du sommeil du nourrisson, elle a elle-même failli mourir d’une grave hémorragie de l’utérus. De cette maternité pleine d’obstacles, Léa a compris qu'il faut accepter les choses telles qu’elles viennent, garder espoir et profiter de chaque instant car la vie peut basculer du jour au lendemain. 

“Je m'appelle Léa, j'ai 33 ans.
Je vis en campagne près de Rouen.
Je suis conseillère clientèle en assurance depuis 10 ans après mettre engagée dans la Gendarmerie à l’âge de 18 ans.
Ma famille est composée de mon mari Christophe, de mes filles Maïwenn (8 ans) et Lila (6 ans), ainsi que de mon fils Soan (16 mois). Nous sommes également accompagnés de nos compagnons à 4 pattes, India notre chienne, Rio notre chat ainsi que nos 2 petits cochons d'Inde.  

J'aime être là pour les autres. Je suis cependant une maniaque du contrôle et tout ce que je ne maîtrise pas me stresse. Pour moi, il y a un droit chemin et je ne supporte pas en sortir. Ma vie de mère bien occupée est rythmée par mon calendrier qui me permet d'être organisée. (…) Au quotidien, j'essaie de vivre en profitant de chaque instant car la vie m'a montré que du jour au lendemain tout peut basculer et je ne veux rien regretter.   

Avec Christophe, nous nous sommes rencontrés en école de Gendarmerie, en 2009. Nous étions dans le même peloton (c'est le terme qui désigne une classe). Nous nous sommes mis ensemble seulement 3 semaines avant la fin de notre école et la découverte de nos affectations. Je n'imaginais pas que notre histoire durerait, d'autant plus qu'il était affecté en Guyane et moi en métropole, dans les Pays de la Loire. Il revenait tous les 6 mois en France et moi, je suis également allée en Guyane lui rendre visite. Cette situation a duré 3 ans jusqu'à ce qu’on soit mutés en Normandie, dans la même unité. Après 3 ans de relation à distance, nous avons enfin commencé à vivre ensemble. 

Ensemble, nous parlons rapidement d'avoir un jour des enfants. Nous savons que c'est quelque chose que nous souhaitons tous les deux. Mais, à l’époque, avec notre profession, je n'imagine pas comment arriver à bien gérer un enfant. Nous travaillons le jour et la nuit. Nous savons à quelle heure nous partons le matin mais n'avons aucune certitude sur l'heure du retour à la maison, le soir. Cependant, ce quotidien, on l'adore, on l'aime, on est heureux. Ce job, c'est ce qui nous fait kiffer. Mais, en octobre 2013, je décide de quitter la Gendarmerie. J'aspire à une vie de famille dans un schéma assez classique. L'avenir qui nous attend, si nous restons tous les deux dans la Gendarmerie, semble possible mais comporte des incertitudes et des sacrifices que je ne suis plus prête à faire. À ce moment-là, je fais le choix de la raison et non celui du cœur, mais en faisant ce choix je pense à préparer doucement un avenir plus stable, avec moins de contraintes pour la future famille que j'imagine. C'est le cœur lourd que je me lance alors dans une reconversion professionnelle et je suis rapidement embauchée en tant que conseillère en assurance spécialisée pour les militaires. Me voilà avec un CDI qui était une des conditions que je m'étais fixé pour pouvoir envisager un jour une grossesse. Mais là encore, par souci déontologique vis-à-vis de mon nouvel employeur, je m'impose d'avoir un an d’ancienneté dans l'entreprise pour envisager le bébé. Au même moment, nous commençons à organiser notre mariage.  

En septembre 2014, alors que nous sommes en vacances, je me dis : le couple, check ; la vie à deux, check ; le boulot en CDI, check ; le mariage qui va arriver, check. À ce moment-là, ça fait “tilt”, toutes les cases sont cochées. Toute cette rigueur que je m'imposais avant de pouvoir passer à l'étape suivante pour rentrer dans le schéma « type », eh bien ça y est, c'est atteint. À ce moment précis, mon horloge biologique se déclenche. À cet instant-là, je prends conscience que je veux avoir un bébé. C'est obsessionnel, viscéral.   

(…) je me suis mariée, enceinte de 6 mois. Puis 2 jours plus tard, je me suis retrouvée hospitalisée pour menace d'accouchement prématuré. Pourtant je ne pensais pas pouvoir être moi aussi concernée par des problèmes liés à la grossesse. On se dit que ça n'arrive qu'aux autres. Pour moi, la grossesse, c'était être la copie de ces filles que l'on voit dans les magazines ou sur les réseaux sociaux : souriantes, maquillées, coiffées, avec juste un joli ventre rond en plus. Me concernant, ça a été l'opposé... Après un alitement obligatoire jusqu'à l'accouchement et plusieurs hospitalisations, j'ai fini par accoucher prématurément à 35 SA+6... Ce jour-là, je me rends aux urgences pour de grosses contractions. On me dit que c'est probablement un début de travail mais qu'on va me le stopper car c'est trop tôt. On me prépare une perfusion pour calmer les contractions mais tout bascule...  

”Je reste 3 jours en réanimation, seule, nue sous un drap, avec mes montées de lait qui me font mal, branchée de partout, avec une sonde dans l'utérus et une autre dans la vessie. 

Une énorme douleur, du sang et la sage-femme qui me dit que c'est trop tard, que le travail a vraiment commencé et que je vais accoucher. Elle me dit qu'elle va appeler l'anesthésiste pour la péridurale. Avec Christophe, nous sommes perdus, paniqués, on ne s'y attendait pas, pas là, pas maintenant. Pour cet accouchement, je n'avais pas prévu de prendre la péridurale, sauf si j'en ressentais le besoin. Mais cette sage-femme ne me pose pas la question, elle appelle d'elle-même l'anesthésiste comme si avoir une péridurale était la règle. Je suis choquée d'accoucher maintenant et je ne cherche même pas à interagir. Je suis le mouvement. Après une péridurale suivie de 8 heures en salle de travail qui ne mènent à rien, la gynécologue décide de me passer au bloc pour une césarienne d’urgence car le cœur du bébé commence à faiblir. Je veux que Christophe soit là, on me dit : “non, c'est une urgence, ce n'est pas possible”. Au bloc, je hurle, je pleure et j'ai peur. D'un seul coup, plus rien. On me shoote sans me prévenir. On me secoue doucement pour me réveiller en me présentant un bébé. On me dit que c'est le mien, je ne comprends pas. Ma fille Maïwenn est donc née... elle va très bien malgré sa prématurité. Il est 7h du matin lorsqu'on me remonte en chambre avec ma fille.  

Dans l'après-midi, je me repose en regardant la télé. Je tourne la tête pour admirer ma fille. Je la vois bleu, elle ne respire plus. Je bipe les sages-femmes et saute de mon lit malgré la douleur de ma césarienne. Je la tapote, je la frotte. J'ai peur, je crie et là, elle revient à elle. La sage-femme arrive et me dit que “ce n'est rien”, juste du liquide coincé, ce qui arrive. Le lendemain, la même scène, une fois, deux fois, puis plusieurs fois dans la journée. La pédiatre me dit qu'avec du Gaviscon, ça va passer mais que par précaution, on va la scoper. Je me retrouve donc avec cette machine qui bipe à chaque fois que ma fille fait une désaturation. Je suis sa mère, je le sens, ça ne va pas et ça n'a rien à voir avec des reflux. Personne ne m'entend, personne ne m'écoute. Je ne mange plus, je ne dors plus, je n'ose même plus prendre une douche de peur de louper une alarme. Je pleure.  

À 5 jours de vie, Maïwenn s'arrête à nouveau de respirer et doit être mise sous oxygène pour revenir à elle. On me demande de venir lui dire “au revoir” car elle va être transférée dans un autre établissement en service de réanimation. Le SAMU la met dans une couveuse, l'ambulancier va jusqu'à me demander si je veux prendre une photo... L'ambulance finit par partir avec elle. Je rentre seule dans ma chambre. Une sage-femme m'appelle et me dit : "vous avez oublié le berceau". Je me retrouve à pousser un berceau vide en pleurant toutes les larmes de mon corps. C'est moi qui suis vide maintenant. Là-bas, elle arrêtera de respirer 19 fois en 24 heures. Les gaz du sang ne sont pas bons. Elle serait possiblement atteinte d'une maladie métabolique mais on ne sait pas nous dire laquelle. Après une batterie d'examens, la neuropédiatre statue sur de l'apnée du sommeil du nourrisson et ça se soigne avec de la caféine. Elle restera 15 jours en réanimation et sera suivie dans ce service tous les ans pendant 6 ans. Au bout des 6 années, la neuropédiatre m'annoncera qu'elle n'a pas d'explication sur ce qu'il s'est passé à la naissance de Maïwenn et que ma fille a fait un début de mort subite du nourrisson, et que si je n'avais pas tourné la tête à ce moment-là, elle ne serait plus parmi nous aujourd'hui.   

Après ça, j'ai fait une dépression post-partum car je ne voulais pas m'attacher à Maïwenn de peur de la perdre suite à tous les problèmes que nous avions rencontrés pendant l'accouchement et après sa naissance. Un jour, j'ai dit à la psy qui me suivait pour ça, que je ne me voyais pas comme une mère "normale". J'avais l'impression d'être un robot qui effectuait machinalement les besoins vitaux pour ma fille. Et la psy m'a posé cette question : "C'est quoi pour vous une mère normale ?" En y répondant, je me suis rendu compte que j'étais une mère tout ce qu'il y a de plus normal mais que je ne reflétais pas ce que la société attendait d'une jeune mère qui vient d'accoucher. Quand j'ouvrais les réseaux sociaux, je me demandais mais comment font-elles les autres ? Comment est-il possible d'être si rayonnante, si mince, si bien habillée quand moi je suis encore en pyjama à 15h, avec mes cheveux qui tombent et mon ventre flasque ? Ça a été dure car comme beaucoup de femmes, j'ai voulu faire bonne impression, je voulais prouver aux autres que j'allais super bien, que je m'en sortais. Il fallait montrer que j'étais heureuse, parce que quand on vient d'accoucher on doit être heureuse, on a enfin son bébé. Et puis comment pouvais-je dire le contraire quand, à côté de moi, une amie n'arrivait pas à avoir d'enfant. En fait il faut accepter, accepter que ce que j'ai vécu, toutes les femmes ne le vivent pas ou pas de la même façon. Chaque grossesse, chaque post-partum, chaque enfant est différent.   

Je voudrais également ajouter que la dépression du post-partum ne fait pas de nous des mères faibles ou fragiles psychologiquement pour autant. J'avais pour ma part du mal à en parler car j'avais l'impression d'être jugée là-dessus et d'être mise dans une case qui ne correspondait pas à la personne que je suis en temps normal. Il est possible d'être totalement heureuse d'avoir un bébé et pour autant d'être envahie d'un sentiment de mal être profond sans vraiment savoir pourquoi. Le tout est de le dire, d'échanger, de communiquer là-dessus et surtout de ne pas avoir honte. Il faut savoir s'entourer des bonnes personnes, celles qui écoutent, celles qui nous font rire, celles qui ne nous jugent pas. Le temps fait généralement bien les choses et un jour, tout rentre plus ou moins dans l'ordre. 

(…) Pour mon 3ème accouchement, j'ai eu un déclenchement car mon fils était annoncé trop costaud et, avec ma cicatrice de césarienne, il ne fallait pas prendre de risque. J'ai eu un accouchement de rêve, une suite de couche classique et puis je suis rentrée chez moi... Mais une semaine et demie après mon accouchement, je me rends compte que je perds encore pas mal de sang. Je me rends aux urgences où on me fait une échographie qui révèle que mon utérus est plein de résidus, suite à l'accouchement. On me prescrit un traitement pour nettoyer l'utérus mais cela ne fonctionne pas. On m'explique que je vais devoir subir une petite aspiration sous anesthésie générale. L'opération est programmée plusieurs jours après. Seulement, je finis par perdre énormément de sang chez moi. Je retourne aux urgences, je faisais une hémorragie de l’utérus. L'aspiration sera faite dans la soirée, pas le temps d'attendre. Christophe doit rentrer, il doit s'occuper de nos trois enfants. Mais avant qu'il ne parte, je pleure. Je suis en train d'allaiter Soan et je lui dis que j'ai un mauvais pressentiment, j'ai peur que ça se passe mal. Il me rassure, me dit à demain matin et puis s'en va avec Soan qui ne peut pas rester avec moi. On me descend au bloc, on me dit que ça ne va pas durer longtemps et puis je m'endors. En salle de réveil, on me dit que tout va bien et que je vais remonter rapidement en chambre. Mais lorsque j'essaie de bouger, je sens du sang qui s'écoule. J'appelle l'infirmière qui regarde et me dit que ce n'est pas normal et que je perds des gros caillots de sang. Elle appelle en urgence la gynéco qui me rejoint en salle de réveil, me fait une écho’ et me dit que mon utérus est rempli de sang, je fais une hémorragie de l’utérus. L'anesthésiste vient me voir pour me dire qu'il ne pourra pas m'anesthésier totalement car je viens juste de me réveiller. Je vais donc juste avoir une rachianesthésie. Je me retrouve à nouveau dans le bloc où j'étais il y a 1h. L'intervention commence, je sens que ça s'agite. J'ai peur, j'ai froid, j'entends des bips et je me sens faible. L'anesthésiste me dit que je perds trop de sang, que je dois être transfusée. Je vois les poches de sang arriver et les tubes qui se remplissent de mon sang. Je pense à mes enfants et à Christophe. Est-ce que je vais mourir ? Je ne sais pas combien de temps ça dure mais on me dit que je suis stable et que je dois être transférée en réanimation. La gynéco me demande le numéro de Christophe pour le prévenir, il est 2h du mat’. À travers les hublots du bloc, je la vois faire ses allers-retours en lui expliquant ce qu'il vient de se passer. Je me demande ce qu'il peut bien penser à ce moment-là.  

En réa’, le gynéco de garde me dit qu'il doit me retirer mon utérus car la sonde qui est à l'intérieur s'est remplie de sang. C'est non ! Il me dit qu'il n'est pas question de ce que je veux ou pas, il est question de me sauver la vie. Le médecin de la réa’ lui demande d'attendre un peu et de voir comment l'hémorragie se calme avec le dispositif qu'ils ont placé dans l'utérus et les médicaments administrés. Il est 5 h du mat’ quand on finit par me laisser seule dans ma chambre. Je reste 3 jours en réanimation, seule, nue sous un drap, avec mes montées de lait qui me font mal, branchée de partout, avec une sonde dans l'utérus et une autre dans la vessie. Je hurle de douleur quand on me fait les gaz du sang. On me brosse les dents, on me coiffe, on me lave le corps comme si j'étais une enfant, j'ai honte. Finalement l'hémorragie s'arrête, je garde mon utérus. Je dois repasser une troisième fois au bloc, cette fois pour aspirer les caillots de l'hémorragie. Tout se passera bien.   

(…) Au final, l'accouchement de chacun de mes enfants a été une leçon de vie pour moi. Maïwenn, victime de l’apnée du sommeil du nourrisson, m'a montrée qu'on ne contrôle malheureusement rien et qu'il faut accepter les choses telles qu'elles viennent. Lila m'a fait me rendre compte qu'il ne faut pas perdre espoir, tout est possible. Pour Soan, j'ai pu comprendre que même lorsqu'on pense avoir atteint notre objectif, il ne faut jamais se reposer sur ce qui est acquis car tout peut basculer.   

Les tips de Léa :  

  • Garder confiance en soi, c'est le plus important.  
  • Savoir dire non car ce n'est pas obligatoire d'être toujours en accord avec le corps médical, tant que personne n’est en danger.  
  • Savoir qu’on peut accoucher sans péridurale même avec un utérus cicatriciel 
  • Garder en tête qu'on ne peut pas tout maîtriser même si c'est difficile à accepter.  
  • Accepter de lâcher prise. 
  • S'entourer de professionnels en qui on a confiance, de la famille, de ses amis, de ceux qui nous donnent le sourire.  
  • Avoir foi en son instinct maternel. 
  • Accepter que chaque histoire est unique et arrêter de s'identifier à ce qui ne nous ressemble pas.

La pensée freestyle de Léa    

Être mère, c'est dur, ça fait mal, c'est épuisant tant moralement que physiquement, c'est beaucoup de fatigue, d'angoisses et de stress, c'est de la pression personnelle et sociale. Je pourrais encore continuer longtemps comme ça car effectivement la liste peut être longue. Mais comparé à l'immense bonheur de serrer son bébé contre soi, ça le vaut largement. C'est ça, le bliss ! 

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Si le témoignage survivre à une hémorragie de l'utérus de Léa t’a éclairée ou aidée et que tu aimerais toi aussi nous transmettre ton histoire et partager à ton tour ton expérience et ton savoir, écris-nous ! 

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