No kids jusqu’à ce que l’amour me fasse changer d’avis - Laurie

Pendant dix ans, Laurie a tenu le même discours : pas d’enfant. Trop de peurs, trop de questions, trop d’incertitudes, et personne pour lui donner assez confiance en elle. Puis elle rencontré Adrien, sa nature tranquille et son désir de famille. Peu à peu, cette histoire d’amour est venue questionner ce “no kids” pourtant si solide. Entre amour et thérapie, Laurie a fini par affronter ses peurs jusqu’au déclic : ne pas vouloir d’enfant est devenu impensable. Parce que maintenant c’était elle, avec lui.

temoignage ne pas vouloir d'enfant changer d'avis

 

 Je m’appelle Laurie, j’ai 36 ans. 
Je viens d'un petit village dans le Tarn-et-Garonne, ce qui me vaut un accent bien chantant. Je vis tout près de Toulouse  je suis professeure d'EPS passionnée, en collège. 
Ma famille se compose d'Adrien, mon chéri, de notre fils Léo de 2 ans et notre chat-chien âgé de 10 ans, Guizmo. 

🔸 Septembre 2020. 

Je rencontre Adrien via une application de rencontres. J'ai du mal avec ce genre d’outil. 24 heures plus tard, je supprime l’appli, mais je conserve les coordonnées de cet Adrien qui a vite retenu mon attention. Ce qui me fait m'arrêter sur son profil ? Une photo de lui sur son vélo, en mode bikepacking. Il faut savoir qu'à ce moment-là, je rentre de mon premier voyage à vélo. J'y vois un gros point commun et un petit signe du destin... 

On se donne rendez-vous, sans pression, dans un bar chaleureux que j’adore à Toulouse. C'est la fin de journée, après le travail. Je porte un de mes pulls préférés (que lui, aujourd'hui, m'avoue ne pas aimer du tout, ah ah). 
 

Tout de suite, je suis honnête. Très franche et spontanée, je lui dis que ça fait 10 ans que je tiens le même discours : 'Je ne veux pas d'enfant'. “ 
 

Ce qui me plaît immédiatement chez Adri, c'est sa simplicité et son assurance. Il semble savoir ce qu'il veut et avoir confiance en lui. Un peu tout l'inverse de moi, à cette époque. Et ça m'attire. D’ailleurs, dès notre deuxième date, il me pose (il ose, ah ah) LA question des enfants. Tout de suite, je suis honnête. Très franche et spontanée, je lui dis que ça fait 10 ans que je tiens le même discours : "Je ne veux pas d'enfant". Pour tout un tas de raisons : la réalité du monde, le fonctionnement de nos sociétés, les rapports humains conflictuels, l’écologie et le dérèglement climatique, l’angoisse de la mort et de la séparation, mais aussi le rapport au corps, mon rapport fragile à moi-même, la place prenante d’un métier que j’aime, le sport pendant la grossesse (le sport fait partie de mon quotidien, de mon équilibre)... Bref, je suis persuadée que je ne veux pas d’enfant, que la maternité n’est pas pour moi. 

Il est surpris mais il aime ma franchise et respecte mon choix. 

J’ai du mal à me projeter dans la vie. Sûrement parce que je me sens très ancrée dans le présent. En revanche, je ressens très vite dans notre relation une forme d'évidence. Avec Adri, je n'ai pas peur de tomber amoureuse alors qu'avant j'étais terrifiée à cette idée. J'associais amour et vulnérabilité/souffrance. Et avec lui, je sens que c'est différent.  
 

Aux côtés d’Adri, je prends confiance, j'ose, je me sens moi, et c'est précieux.  
 

C’est la première fois que je n'ai pas peur de m'installer dans un même appartement avec quelqu’un alors que je suis quelqu’un de très indépendant. Et c’est pareil au moment d’acheter notre maison, pourtant c'est très engageant et, à la base, ce n'était pas dans mes projets...  

Cette absence de doute et de peur, en comparaison à mes histoires passées, me fait penser que c'est la bonne personne. Aux côtés d’Adri, je prends confiance, j'ose, je me sens moi, et c'est précieux. 

J’observe autour de moi mes meilleures amies tomber enceintes et devenir mamans les unes après les autres. Je vois à quel point la maternité les enivre d'amour, combien ça les fait évoluer en tant que femmes et ce qui se joue dans leur couple, comment ça bouscule leur quotidien. J’apprends plein de choses à leur contact et ma curiosité s’éveille. Je commence à me dire : "wow, la puissance du truc", sans pour autant me projeter en tant que mère.  

Pour envisager la maternité, il m’a fallu cette histoire d’amour avec Adrien. 
 

 Cette envie qu'il exprime de construire une familleça me questionne sur ce désir de maternité que je n’ai pas. C’est un sujet central dans une relation sérieuse, pour savoir si on continue ou pas. Je ne veux pas d’une “histoire impossible” et surtout je veux nous éviter de souffrir. “ 

Oui, mon désir de maternité naît réellement de ma relation avec lui, de cette envie qu'il exprime de construire une famille et d’avoir des projets communs. Évidemment, ça me questionne sur ce désir de maternité que je n’ai pas. C’est un sujet central dans une relation sérieuse, pour savoir si on continue ou pas. Je ne veux pas d’une “histoire impossible” et surtout je veux nous éviter de souffrir. 

🔸 Décembre 2020. 

Ça fait trois mois que je suis avec Adri. J'ai déjà beaucoup de sentiments pour lui mais je sens aussi que j'ai du mal à m'accepter telle que je suis, ce qui m’empêche de m'engager totalement dans mon histoire d'amour. Je sens que j'ai besoin d'être accompagnée pour y arriver. Je sens aussi que des choses me font souffrir et que je ne suis pas apaisée sur certains sujets comme mon hypersensibilité, ma peur de l'abandon et du rejet 

Je me tourne vers l’hypnose pour dialoguer avec mon inconscient. Pour moi, l’inconscient ne triche pas. Je sais que je peux trouver des réponses, notamment par rapport à la maternité. Une amie de recommande un thérapeute. Je me lance et je lâche prise. La thérapie me libère de mes petites voix intérieures qui analysent tout et tentent de tout contrôler.  

Et pendant l’une de mes séances d’hypnose, je sens comme un déclic, comme quelque chose qui se débloque en moi. Je sens que je suis prête à faire face à toutes mes peurs, à mon hypersensibilité et à mes failles qui alimentent mes pensées limitantes liées à la maternité et à la parentalité.  

Dès la première séance d'hypnothérapie, je sens un "avant" et un "après". C'est immédiat. Le thérapeute met le doigt avec justesse sur mes blessures et là où j'ai besoin de travailler. Je suis en confiance totale, j’ai envie de croire à tout ce qui ressort de chaque séance. Et après chaque consultation (une ou deux par an, pas plus), il y a un effet positif. Et pendant l’une d'elles, je sens comme un déclic, comme quelque chose qui se débloque en moi. Je sens que je suis prête à faire face à toutes mes peurs, à mon hypersensibilité et à mes failles qui alimentent mes pensées limitantes liées à la maternité et à la parentalité.  

Je me sens soulagée et heureuse. S'il était ressorti de ce rendez-vous que je ne voulais pas d'enfant, j'aurais sûrement mis un terme à notre histoire pour respecter le désir d’Adrien, ce qui m’aurait rendue très triste.

🔸 Décembre 2022. 

Le soir même du marathon de Valence, symboliquement, on décide d'arrêter ma contraception et je vais tomber enceinte peu de temps après.

Je fais la surprise à Adri après une soirée entre amis, avec une petite enveloppe contenant le test et une carte postale avec un petit mot doux. 

J'appréhende énormément les changements dans mon corps, l'impact sur ma pratique sportive, mon équilibre de vie. Finalement les choses s’imbriquent bien, j’accueille les évolutions assez sereinement. En plus, je me sens bien entourée dans le milieu médical qui m'encourage à continuer ma pratique sportive. 

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🔸 Mars 2022.

Je suis à 3 mois de grossesse et je grimpe le Mont Ventoux à vélo. Une ascension à deux cœurs dans un seul corps. Je vais d’ailleurs continuer de courir et de rouler jusqu'à mes 6 mois de grossesse. Je fais des randonnées dans les Pyrénées, du yoga, de la natation jusqu'à la veille de mon déclenchement. Jamais je n’aurais imaginé cela possible, et je mesure ma chance d’avoir pu conserver du mouvement jusqu’au bout. 

Adri, lui, s’implique à sa manière : il s’investit dans les travaux de notre nouvelle maison pour que tout soit prêt pour l'arrivée de Léo. Je suis très admirative de tout ce qu’il accomplit. Il joue le jeu de certains cours de préparation. Mais je sens vite qu'il n'est quand même pas très à l'aise et que s'il pouvait être ailleurs, ça serait pas mal ahah. 

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🔸 8 janvier 2024. 

Léo est prévu pour le 4 janvier. Finalement, il reste au chaud quatre jours de plus et je dois être déclenchée. Je suis assez déçue qu’il ne puisse pas choisir son moment pour naître mais ma priorité reste sa santé. Je me concentre sur cette pensée. J’éloigne le plus possible mon angoisse profonde du drame (je suis effrayée par l’idée que ça puisse arriver à n’importe qui, n’importe quand, sans qu’on y soit préparé), que j’ai quand même mentionné dans mon projet de naissance. 
 

“ L’évidence d’être avec la bonne personne pour vivre ce moment, cette naissance.  
 

Pendant l’accouchement, Adri est très présent et répond à mes besoins. Il m'encourage, me masse et il est d'un vrai soutien. L’évidence d’être avec la bonne personne pour vivre ce moment, cette naissance. On forme une équipe, ce qui m’aide à garder ma sérénité. 

J’ai une confiance aveugle envers le corps médical et les pépites de sages-femmes qui nous accompagnent, mais rien n’est facile dans cet accouchement entièrement médicalisé avec un échec de la péridurale jusqu'à 3h avant d'accoucher, un recours aux spatules, une grosse épisiotomie, une révision utérine et... une hémorragie de la délivrance...  Ma rencontre avec Léo est courte, il est tout de suite placé en réanimation car il n'arrive pas à respirer tout seul.  

Mais quel champion ! Léo est à la naissance un bébé hors norme de 4,650 kg et 56,5 cm ! Le premier de 2024, de ce gabarit, et apparemment appartenant à seulement 3% des bébés avec de telles mesures. Cela explique peut-être cet accouchement trèèèèès looooong... plus de 30 heures. 

Après l’accouchement, je suis très faible (j’ai 8 de tension et j’ai perdu beaucoup de sang). Il se passe 3 heures durant lesquelles je suis sans mon bébé, déconnectée de la réalité. Loin de Léo et d’Adri, je me sens très seule. Les sages-femmes, Mélissa et Laura, le sentent et me proposent de m’emmener voir Léo. Elles m’y conduisent en brancard car je suis incapable de me tenir assise. 

J’ai pu faire du peau à peau (magique) et enfin nous étions tous les trois réunis, à retrouver de la douceur et de l’apaisement après tout ce que nous venions de vivre ces dernières heures. 

temoignage ne pas vouloir d'enfant changer d'avis


Moi qui ne voulais pas d’enfant, je découvre ce que ma maternité m’apporte : 
une force insoupçonnée et le sentiment d’être courageuse. Moi qui avais peur du renoncement, je place Léo au premier plan sans que ça me coûte. Je m’adapte à Léo, je fais des compromis (notamment dans ma pratique sportive) et cela me va. Je ne ressens pas de frustration. Je crée un nouvel équilibre. Finalement, je m’entraîne moins, mais sûrement mieux, avec un mental bien plus fort. 
 
 

 L'arrivée d'un enfant, ça chamboule le couple. On a des attentes, des croyances, des envies, des priorités, on ressent de la fatigue... et on n'est pas toujours d'accord.  
 

Côté couple, on ne va pas se mentir, notre équilibre est bouleversé. L'arrivée d'un enfant, cela chamboule, intimement, intrinsèquement. On a des attentes, des croyances, des envies, des priorités, on ressent de la fatigue... et on n'est pas toujours d'accord. Et c'est parfois facile à accepter et à d'autres moments, moins. On parle beaucoup du post-partum chez la maman, mais je pense qu'il y a des choses très fortes qui peuvent aussi se jouer chez les papas. J'ai hâte que la parole des pères se libère, pour eux, sur ces sujets. 

De mon côté, je sens qu'il va falloir que j'accepte nos divergences et que je les voie comme quelque chose de complémentaire et d’enrichissant. 
 

 Chacun permet à l'autre de prendre du temps pour soi, sans reproche, sans culpabilité. C'est précieux.  


Le temps passé à deux est limité mais c'est quelque chose que l'on accepte en attendant que Léo grandisse.  D'ici là, on conserve des petites attentions l'un envers l'autre. Après, nous sommes tous les deux très indépendants, avec ce besoin de prendre du temps pour nos loisirs respectifs, d’être chacun dans notre bulle. L'un et l’autre, on respecte ça. Chacun permet à l'autre de prendre du temps pour soi, sans reproche, sans culpabilité. C'est précieux. "

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Ne pas vouloir d'enfant et changer d'avis, les tips de Laurie 

Se faire confiance et s’écouter sans culpabiliser. Envie de ralentir ? Alors ralentis !  
Oser poser toutes les questions qu’on a en tête.  
Bouger si on en a envie et qu’on le peut.  
Ne pas écouter les pensées limitantes des gens qui projettent sur les autres leurs propres craintes ou vécus.  
On entend et on lit tout et son contraire sur la grossesse, la maternité, la parentalité. Ne garder que ce qui nous parle, donne confiance et se l’approprier.  

La pensée free style de Laurie 

Future maman qui me lit, maman tout court, parents, co-parents... n’oubliez pas de COMMUNIQUER ! C'est la clé de tout pour une vie au quotidien sereine. C'est tout ce que je peux vous souhaiter. 

Merci Bliss d'exister, de faire vivre nos histoires, de faire résonner nos vies pour que chacun puisse s'identifier. 

Je suis heureuse d'être devenue maman à cette période où les tabous se lèvent. 

Témoignage recueilli par Manon Provost, responsable éditoriale Short Stories.
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