Quand la maternité ravive le lien mère-fille - Louison

Quand la maternité ravive le lien mère-fille - Louison

Longtemps, Louison a d'abord été une amoureuse. Les bébés, les enfants, ce n’était pas sa priorité. Et si elle aimait l’idée d'être enceinte, elle n’avait pas vraiment imaginé les bouleversements liés à l’arrivée d’un bébé, ni ce que cela pourrait raviver en elle : le deuil de sa maman alors qu’elle n’est encore qu’une enfant et leur lien mère-fille finalement indestructible.  

“Je m’appelle Louison, j’ai 29 ans. 
Je vis dans le Nord-Est de la France et je travaille pour un organisme de formation. 
Ma famille est composée de mon mari et de notre fils de 18 mois. 

Je crois que le sujet de la maternité a étonnamment toujours été là, alors que je “détestais” les enfants, ou plutôt je n’étais pas à l’aise avec eux et je ne leur trouvais aucun intérêt particulier. Je ne comprenais pas qu’on puisse en être gaga ! Malgré tout, j’ai toujours imaginé mon futur avec des enfants à moi parce que, dans mon esprit, cela signifiait rencontrer le grand amour et avoir cette situation qui me faisait rêver et que je recherchais : rencontrer l’homme de ma vie pour nous engager ensemble... 

Toute mon adolescence, j’ai couru après cet amour et j’ai toujours été très consciente que c’était ma priorité : avant ma famille, avant mes amis… Mais comme cet amour ne venait pas, je fantasmais cette vie-là et c’est comme ça que je me suis intéressée à la maternité et particulièrement à la grossesse et à l’accouchement physiologique. Je ne sais pas pourquoi mon esprit de jeune fille de 18 ans s’y est attaché mais, en lisant les récits de toutes ces femmes qui accouchaient chez elles, librement, sans péridurale, et qui accueillaient leur bébé dans leur intimité, sans intrusion notamment médicale, je me sentais galvanisée et je m’imaginais avoir la puissance qu’elles devaient ressentir. J’ai donc eu cette idée d’accouchement physiologique, dès mes 18 ans. Je l’ai mise dans un coin de ma tête, tout en profitant de la vie : année d’Erasmus en Espagne, premier amour et autres rencontres, plein de voyages, de copines… Si bien que le jour où je l’ai rencontré, l'amour de ma vie, j’étais prête ! 

En novembre 2019, j’ai 25 ans et je suis invitée à une soirée dans la colocation d’un ami. Je vis alors une rupture douloureuse et je ne pense pas du tout à rencontrer quelqu’un. Ce soir-là, il fait froid, il pleut... j’ai la flemme… Je me motive quand même à sortir mais sur le tard : arrivée à 22h30 et repartie à minuit. Un coup de vent qui va pourtant bouleverser ma vie... Parce que durant ce petit laps de temps, j’ai rencontré mon mari...  

Ce soir-là, nous avons l’occasion d’échanger quelques mots, l’opportunité de rigoler sur mon deuxième prénom hérité de mon arrière-grand-mère : « Henriette. Je peux te le dire puisque demain, l’alcool aidant, tu ne t’en souviendras plus ! ». C’est la perche que je lui lance sans trop y croire puisqu’il n’a pas l’air de s’intéresser à moi. Pourtant, le lendemain en fin de journée, je reçois le message que j’attendais : « Henriette ». S’en suivent quelques mois de relation à distance, puis après un voyage au Pérou rocambolesque fin février 2020, où j’ai failli me retrouver enfermée puisque tous les pays s’apprêtaient à fermer les frontières à cause de l’épidémie de Covid, je me confine avec lui, ce qui nous permet de vivre nos premiers moments de couple et de réellement sceller notre envie de nous engager sérieusement. 

Le confinement a finalement tout accéléré pour nous : moins de 10 mois après notre rencontre, nous vivions ensemble, je quittais mon travail et Paris pour en retrouver un autre dans la ville de mon chéri, et on se PACSait ! Et notre vie à deux a continué... 

 

“J’ai réalisé soudainement que c’était fini la vie rien qu’à deux” 

Je crois que ce qui m’a le plus choquée dans la maternité, c’est la façon dont les suites de couches et les premières semaines de post-partum m’ont cueillie, renversée, alors même que je me considérais informée sur la chute d’hormones, le baby blues… J’ai été profondément marquée par ces humeurs exacerbées à l’extrême, tant dans la joie que dans la peine ou l’angoisse. J’étais effrayée par ces montagnes russes dont je savais pourtant qu’elles étaient “classiques” à cause de la chute d’hormones. Et puis j’ai aussi réalisé soudainement que c’était fini la vie rien qu’à deux. Nous allions maintenant toujours composer à trois. Avant ça, je crois que je n’avais jamais vraiment réalisé qu’un bébé, un vrai bébé, allait atterrir dans mes bras. Je vivais chaque étape de ma grossesse et je me préparais à l’accouchement sans jamais me projeter au-delà du moment où mon corps allait donner la vie.  

Les premières semaines, mon mari a donc dû me ramasser à la petite cuillère (ou plutôt à la paille, tellement j’étais liquide !). Je pleurais beaucoup. Je regrettais ces soirées tranquilles en amoureux où rien d’autre n’existait. Je sentais soudain la nécessité impérieuse que mon chéri reste là, tout près, à me protéger. J’en venais à me demander si j’allais pouvoir être aussi heureuse avec ce bébé dans les bras que quand il était dans mon ventre.  

 

“Les difficultés auxquelles je m’étais préparée n’ont pas été celles que j’ai réellement rencontrées.” 

Mais, contre toute attente, alors que je n’avais jamais vraiment côtoyé d’enfants et encore moins de nourrissons, je n’ai finalement jamais eu peur de mal faire ou de lui faire mal. L’allaitement s’est mis en place tout seul, j’agissais instinctivement. De la même façon que la chute d’hormones m’avait cueillie après la naissance, l’instinct qui s’est emparé de moi dès le premier cri de mon fils, avant même de le voir, m’a complètement prise de court ; moi qui ne me projetais pas avec un bébé, moi qui n’avais jamais été maternelle avant cela, moi qui “n’aimais pas les enfants”… Eh bien je suis instinctivement devenue une maman louve et mon centre de gravité venait de changer à tout jamais. 

En fait, les difficultés auxquelles je m’étais préparée n’ont pas été celles que j’ai réellement rencontrées. Je m’attendais à ne pas ressentir d’amour fou pour mon bébé à la naissance, à avoir des difficultés pour l’allaiter, à subir le baby-clash et l’extrême fatigue… Mais je ne m’attendais pas à voir mon corps se remettre difficilement d’un accouchement ni à éprouver des difficultés pour retrouver mon partenaire ou d’autres activités qui ne tournent pas autour de mon enfant. 

“Je sais aujourd’hui ce que ma mère a dû ressentir lorsqu’elle a compris qu’elle ne gagnerait pas contre son cancer du sein.” 

Et puis connaître la maternité m’a rapprochée de ma maman disparue quand j’étais enfant et dont le modèle ne m’a donc pas accompagnée ni aidée à me construire dans mon adolescence et mes premières expériences de vie. C’est en devenant maman à mon tour que j’ai pu imaginer son vécu à elle, notamment lorsqu’elle est tombée malade et que son état s’est dégradé. Je sais aujourd’hui ce qu’elle a dû ressentir lorsqu’elle a compris qu’elle ne gagnerait pas contre son cancer du sein : elle allait laisser derrière elle trois jeunes enfants. Je ne sais pas s’il existe une plus haute crainte pour une maman que celle-là. Et puis comment supporter l'idée de ne pas pouvoir voir ses enfants grandir et de leur infliger une telle perte ? 

Aujourd’hui, en tout cas, la tristesse qui a été la mienne lorsque j’étais enfant, puis plus âgée quand je sentais une absence dans les moments importants de ma vie, me paraissent moindre par rapport à ce que serait mon désespoir aujourd’hui si je savais à l’avance que 

mon fils allait devoir grandir sans moi. Ma mère a dû être déchirée à cette idée et se montrer très forte. Grâce à la maternité, je me sens plus proche que jamais de ma mère, mais aussi de toutes les autres femmes ; comme si je faisais maintenant partie de cette communauté parallèle et invisible, comme si nous faisions toutes corps. Je me sens plus confiante, plus puissante et plus capable que jamais. En fait devenir mère a ouvert une sorte de boîte de Pandore dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence auparavant. 

Les tips de Louison

Je ne peux rien apprendre aux femmes qui vont vivre à leur tour une grossesse, une naissance, une maternité : on ne sait pas à l’avance ce qui va nous arriver. 
Je dirais simplement que… tout passe. Le négatif comme le positif. Rien n’est immuable ni éternel. Et, dans les moments difficiles, une lueur d’espoir « si le pire est passé, c’est que le meilleur reste à venir ». 

La pensée freestyle de Louison

Il paraît que pour revivre tous ces beaux moments que j’ai adorés (grossesse, naissance, maternité…), il n’y a que deux possibilités : la machine à remonter le temps ou lancer le ou la petit(e) deuxième. Bon... la machine à remonter le temps n’existant pas encore… 😊

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Si le témoignage lien mère-fille de Louison t’a éclairée ou aidée et que tu aimerais toi aussi nous transmettre ton histoire et partager à ton tour ton expérience et ton savoir, écris-nous !  

 

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