Après un long parcours de PMA marqué par les doutes, deux interruptions spontanées de grossesse et de grands moments de désespoir, Caroline est finalement devenue mère. Trois enfants et une famille au complet. Puis un jour, une question s'impose à elle : que faire du dernier embryon restant ? Celui de cette FIV “miracle” ? Est-il destiné à rester congelé ? Pour Caroline, faire un don d'embryon est une évidence. Le point final de sa PMA.

" Je m'appelle Caroline, j'ai 41 ans.
Je vis à côté de Nantes, je suis médecin généraliste et j'exerce en gériatrie à l'hôpital.
Ma famille est composée de Nicolas et de nos trois enfants, Marcel et Joséphine qui ont 9 ans, et Colette qui aura bientôt 6 ans.
En Terminale, il y a ce redoublant. Le mec drôle. Le mec beau (objectivement !). Un mois après la rentrée, on s'embrasse en sortant du lycée. Et aujourd'hui, ça fait 24 ans que ça dure !
Avant même de consulter, je sens que quelque chose cloche (et je comprendrai plus tard que je souffre d’un SOPK). Le signe premier ? Ma pilosité. À 16 ans, mes cuisses sont tellement poilues que, quand je sors de l'eau, ça dessine des vaguelettes noires sur ma peau. Autour des aréoles mammaires, pareil. Et le maillot... une forêt.
Dès que j'ai l'âge, je me fais offrir un épilateur pour me débarrasser de tout ce qui me gêne. À 19 ans, des poils apparaissent aussi sur mon menton et dans mon cou. Je n’attends pas longtemps avant de passer au laser. Partout. Sur toutes les zones touchées. Ça coûte une fortune mais c'est la libération ! Bon, après, sur le visage, ça ne disparaît jamais vraiment, même avec le laser. Ça repousse toujours, à cause des poussées hormonales. Donc ça reste très contraignant et ça m’obsède un peu. À cette époque, j’envie tellement mes copines blondes et leurs trois poils qui se battent en duel.
Aujourd’hui, je prends un anti-androgénique et, depuis, plus de poils au niveau du visage. Bon, ce n'est pas compatible avec une grossesse donc il faut être sous contraception pour le prendre, mais ce médicament est un miracle. Je n'oublie jamais de le prendre.
“ Au fond, que je le sache à 22 ou à 25 ans, ça ne change rien : il n'y a pas de traitement pour le SOPK. “
Pendant mes années de médecine, le rythme est tellement dense que je ne me préoccupe pas trop de ma santé (on ne va pas se mentir, la santé des étudiants en médecine, c'est un désastre). Et puis je fais l’autruche : savoir trop tôt, c’est m'angoisser trop tôt. Et au fond, que je le sache à 22 ou à 25 ans, ça ne change rien : il n'y a pas de traitement pour le SOPK.
🔸Mars 2013.
Le diagnostic du SOPK est confirmé et ma gynécologue nous propose de débuter des cycles de stimulation. Quatre en 8 mois.
Nico, à ce moment-là, ne vient pas au rendez-vous gynéco. Il est loin du protocole, loin des examens médicaux, loin de tout ça. Et moi, je m’épuise à chercher les rendez-vous d'échographie aux quatre coins de Nantes pour surveiller mes cycles. Ma gynéco, comme à son habitude, ne me répond pas. Je me sens assez seule dans ma démarche qui ressemble de plus en plus à une bataille.
“ Après le quatrième cycle de stimulation, je commence à comprendre que ça va prendre une autre tournure. "
Nico, lui, est toujours un peu en retrait. Il me regarde faire tout ça sans réellement mesurer ce qui va se jouer. Alors que je suis en mode “il faut que ça marche”, lui est plutôt dans un mood “pourquoi pas”.
Heureusement, on parle beaucoup. Je lui explique tout : les résultats, les étapes, les scénarios possibles. Il se familiarise petit à petit avec tout ça, reste calme et confiant. En même temps, on a une belle vie. On est jeunes, amoureux, en pleine forme. On voyage, on rit, on profite !
Mais après le quatrième cycle de stimulation, je commence à comprendre que ça va prendre une autre tournure... Alors je change de cap. J'arrête de m’accrocher à une gynécologue qui ne me soutient pas. J’ai besoin d’une équipe, d’un cadre, d’un vrai suivi. Je veux être vraiment prise en charge.
“ On fait quatre inséminations... zéro grossesse. Étrangement, je ne vais pas trop mal (...) Comme si je savais que ce n’était pas là que notre histoire allait commencer. Pour moi, c’est un sas. Un cap à passer pour arriver aux FIV. “
🔸Début 2014.
Finalement je prends rendez-vous en PMA au CHU de Nantes, avec un Professeur réputé pour être très gentil et doux, très humain.
Au premier rendez-vous, nous faisons tous les deux un bilan et le Professeur nous met dans le bain direct : j'ai un SOPK assez "cogné", RAS du côté de Nico. Tout ce que j'ai fait jusqu'à maintenant est inutile dans mon cas. C’est dur à entendre. Mais bizarrement, je me sens soulagée. Parce que je me sens enfin au bon endroit.
On enchaîne quatre inséminations... zéro grossesse. Étrangement, je ne vais pas trop mal. Je crois que je n'y croyais pas trop au fond de moi. Comme si je savais que ce n’était pas là que notre histoire allait commencer. Pour moi, c’est un sas. Un cap à passer pour arriver aux FIV.
Le stress monte d'un cran. Comme une pression liée au nombre de FIV dont on dispose : 4, pas une de plus.
Première FIV, on a sept embryons au stade de blastocystes. Il s'agit d'embryons qui ont déjà 5 ou 6 jours de développement donc des embryons qui ont réussi à passer les premières étapes cruciales. Ce sont des embryons qui ont généralement de bonnes chances de donner des grossesses. Donc c’est un très bon résultat.
Premier transfert d'embryon et là, je tombe enceinte. On est fous de joie. Et moi, je suis terrorisée. Parce que je sais : ça peut s’arrêter. Et c’est ce qu’il va se passer.
“ L'arrêt spontané de cette grossesse réveille en moi les démons du pessimisme et de l'angoisse. “
🔸Automne 2014.
Je fais une “fausse couche”. Un cauchemar. Une déception qui s'apparente à une chute brutale du haut d'un immeuble. Comme si on m’arrachait quelque chose qu’on venait tout juste de me laisser toucher. L'arrêt spontané de cette grossesse réveille en moi les démons du pessimisme et de l'angoisse.
Nico est d’une douceur incroyable avec moi. Il est déçu, oui, mais il me soutient. Je crois surtout qu’il est inquiet de me voir à présent au fond du trou. Il me ramasse quand je m’effondre. Il m’emmène à la mer quand je n’arrive plus à respirer. Et moi, je comprends aussi qu’on ne peut pas faire de la PMA notre seule langue. Notre seul sujet. Alors je me fais aider : psy, hypnose, acupuncture… je prends tout ce qui peut me maintenir debout.
Ce qui m’aide ce sont les paroles du Professeur : c'est très bon signe que le premier transfert donne une grossesse. Sept embryons blastocystes sur une première FIV, c'est un très beau résultat, et rien ne laisse présager que la suite ne sera pas positive pour nous. Je bois littéralement les paroles du Professeur B, je m'accroche comme une perdue à son regard confiant.
Après ça, je fais six transferts d'embryons congelés. Six fois une attente, un espoir et la déception. Et pas un seul test positif.
Je commence à tout essayer : sophrologie, yoga, aquabike, hypnose et acupuncture. Et pour la première fois de ma vie, je ralentis. Je décide de placer mon métier au second plan, d’écarter certaines personnes de ma vie et de m'épargner certains comportements. En gros, je fais de la place. Je retire ce qui m’abîme. Je garde ce qui m’aide.
“ Les trois premières FIV ne donnent rien (...) Je plonge tout droit dans le trou noir du désespoir. “
Et, malgré tout ça, les trois premières FIV ne donnent rien. La dernière n’a pas un seul ovocyte qualitatif. Et là, je plonge tout droit dans le trou noir du désespoir, malgré tout le soutien de Nico et de ma famille. J’ai alors l’impression que c’est foutu, qu’il n’y a aucune solution. Je finis par douter de tout et de tout le monde, même du Professeur qui nous suit depuis le début. Je suis dans un profond désespoir.
À partir de là, je n'ai plus la force de faire semblant. Alors j’en parle. À ceux qui demandent. À ceux qui voient ma tête. À ceux qui sentent que quelque chose ne va pas.
Mes sœurs et ma mère sont présentes sans être envahissantes, douces et protectrices. Côté amies : la plupart ont trouvé comment me soutenir, me faire des clins d'œil, être là quand il faut, sans imposer.
Puis il nous reste une chance : la FIV3 (celle qui a été annulée). On la retente et elle va s’avérer miraculeuse avec quatre blastocystes jugés de “super qualité”.
🔸Samedi 22 mars 2016.
Le premier transfert est prévu. Manque de chance, ça tombe lors d’un week-end où Nico est au ski. Mais comme je peux m’y rendre seule, avec sa signature et sa carte d’identité, on n’annule rien.
Avant le transfert, je planifie ostéopathie, acupuncture, session d’hypnose pour la salle d'attente, le jour du transfert. Je ne laisse rien au hasard.
C'est la seule fois où je prends un arrêt de travail, la semaine qui suit le transfert des embryons. C'est le début du printemps, j’en profite et je ralentis.
“ On me propose de transférer deux embryons (...) On m’en aurait proposé trois que j'aurais dit oui, je crois. “
Ce samedi matin, je ne connais pas la gynéco présente. Elle regarde notre dossier (épais !) et me propose de transférer deux embryons. C’est la première fois qu’on me le propose. Il faut que je tranche... j’essaye d’appeler Nico (qui est alors au ski, sur un télésiège) mais il ne décroche pas. Je dois me décider. Je dis "oui", sachant qu’on en avait déjà parlé entre nous, en rigolant. Mais de toute façon, je suis prête à tout. On m’en aurait proposé trois que j'aurais dit oui, je crois.
Nico ne fait que répéter : "Tu vas voir, avec nous, ça ne marche jamais, mais la seule fois où on en transfère deux, ça va marcher, j'en suis sûr !". Et c’est ce qui se passe : je tombe enceinte.
Le jour où la sage-femme de la PMA m’appelle pour m’annoncer la bonne nouvelle, je suis à l'hôpital, en visite avec les externes, tout en guettant comme une folle mon téléphone. Je préviens tout de suite Nico, ça ne peut pas attendre le soir.
Cette grossesse, c’est la plus belle période de ma vie. Je savoure tout et la moindre seconde. Voir mon ventre grossir et le toucher, c’est un miracle.

🔸6 décembre 2016.
J’accouche de mes deux bébés. Je revois la scène comme si c’était hier : Nico, avec eux dans les bras, qui les regarde, puis qui me regarde. Et nous, heureux et en larmes. On vit ces sept premiers jours comme suspendus, hors du temps.
🔸2019.
On essaie d’agrandir la famille. Au bout d’un an, on reprend rendez-vous en PMA. Sauf que le jour du rendez-vous, je suis déjà enceinte. Une grossesse spontanée. Une joie immédiate mais de courte durée puisque je fais une seconde “fausse couche”. Cette fois, curetage. Et le chagrin qui revient.
Heureusement, il nous reste deux embryons de notre FIV “miracle”. On tente un transfert... et ça marche !
🔸Janvier 2020.
Colette naît. Nous sommes comblés et au complet. Je me souviens m’être dit : “On a été les plus malheureux du monde… et là, on est les plus heureux.”
🔸Janvier 2021.
On reçoit une lettre de la PMA nous demandant ce que nous souhaitons faire de notre dernier embryon restant, le dernier de notre FIV "miracle", celui qui reste et dont on sait déjà qu’on ne s’en servira pas...
On a quatre options : le conserver pour une future tentative, faire un don d'embryon, le donner à la recherche médicale ou demander sa destruction.
“ Après toutes ces années de stress, d'échecs, de désespoir, puis tout le bonheur que nous ressentons maintenant, le don d’embryon m’apparaît comme une évidence : c'est le point final de notre parcours PMA. “
Le don d'embryon après pma, j’en ai entendu parler quelques années auparavant, en échangeant avec une maman qui avait eu un parcours PMA. Après avoir eu deux paires de jumeaux, elle avait fait don de ses deux embryons restants. Je n'ai jamais oublié cette conversation.
Après toutes ces années de stress, d'échecs, de désespoir, puis tout le bonheur que nous ressentons maintenant, le don d’embryon m’apparaît comme une évidence : c'est le point final de notre parcours PMA. Nicolas et moi avons traversé tout ça sans nous déchirer, sans nous abîmer et on a su à la fin, tous les deux, faire un geste qui ne nous enlève rien, et qui peut tout changer pour une autre famille.
🔸2023.
Nous faisons don de notre dernier embryon congelé, après une journée passée au CHU de Nantes, un rendez-vous psychologue, un autre biologiste et un dernier généticien. On apprend que notre don a 25% de chance de donner lieu à une naissance et que le don aura forcément lieu au CHU de Nantes (nous, on imaginait une “redistribution” sur la France).
On laisse nos caractéristiques physiques et nos identités, et surtout on écrit une lettre. Une lettre pour expliquer ce choix à cet enfant potentiel.
On sait que, peut-être, un jour, quelqu’un sonnera à notre porte et demandera à nous rencontrer. On est prêts. On en a parlé à nos enfants.
“ Je trouve cela tellement dingue qu’on ne parle pas du don d'embryon après pma quand on sait tous les embryons qui “dorment” dans les congélateurs des centres de PMA et qui, pour beaucoup, ne seront jamais utilisés. “
Depuis toujours, on raconte à nos enfants leur histoire. On leur dit qu'ils sont tous les trois issus de la même FIV. On a même un livre "Le mystère des graines à bébé". Et à chaque fois qu'on en parle, on précise qu'il y a encore un "œuf" et qu’on a choisi de faire un don d’embryon pour permettre à une autre famille d'essayer d'avoir un bébé. Pour l’instant, ils ne nous ont pas posé plus de questions que ça. Je pense que l'information est intégrée et que ça leur semble “normal”.
Je trouve cela tellement dingue qu’on parle si peu du don d'embryon après pma quand on sait tous les embryons qui “dorment” dans les congélateurs des centres de PMA et qui, pour beaucoup, ne seront jamais utilisés. Pourquoi on n’ouvre pas plus cette conversation ?
Faire ce don d’embryon, pour moi, c’est presque dans la logique des choses après la PMA et tout ce qu’on a vécu. Un beau geste après des années de combat. Et me dire que ce don d’embryon peut aider une autre famille, ça me réchauffe le cœur. "

Don d'embryon après pma, les tips de Caroline
Accepter qu'un parcours PMA peut être (très) long.
Remplir sa vie de toutes les petites et grandes joies qu'on peut trouver, pour tenir le coup.
Occuper ses mains, c’est efficace contre l'angoisse, c'est juste fou ! Moi, j’ai jardiné, colorié et cousu.
La pensée freestyle de Caroline
J’avais envie de partager mon histoire pour parler du don d’embryon après pma. Pour que cette éventualité existe dans la tête des couples en PMA. Qu’elle les effleure. Qu’ils puissent en parler ensemble, avant même la fameuse lettre, celle qui arrive souvent quand on a déjà un bébé dans les bras, qu’on est épuisé.e.s et qu’on n’a pas toujours l’énergie pour y réfléchir. Alors parlons-en, parlons du don d'embryon !

