baby-clash

Sauver son couple du baby-clash - Marie

Marie était persuadée que Jules serait un père idéal. Mais dans sa projection du père parfait, elle avait oublié une donnée : devenir parents est un profond chamboulement, et cela peut l’être d’autant plus si on est issu/e d’un modèle parental dysfonctionnel. Dans ce cas, l’arrivée d’un bébé peut même mener jusqu’au baby-clash... 

Je m'appelle Marie, j'ai 28 ans. 
Je vis en région parisienne. 
Je suis commerciale. 
Ma famille est composée de Jules, mon amoureux, et de notre fille Eden, 2 ans.  

J'ai rencontré Jules il y a 5 ans maintenant, à Nantes. Je venais d'arriver dans la ville pour commencer un nouveau job, je ne connaissais pas du tout cette ville d'ailleurs, tout était assez nouveau pour moi. Par contre, j'avais quand même quelques copines sur place, ce qui m'a permis de rencontrer beaucoup de monde... Jules, lui, était sportif professionnel au Club de Nantes et les conjoints de mes copines jouaient dans la même équipe. On s'est donc rencontrés via ce groupe d'amis en commun... J’ai direct’ flashé sur lui. Gros coup de cœur de mon côté car il détonnait vraiment dans ce monde de sportifs professionnels. Il était assez leader, je trouve, dans notre groupe, certainement son hygiène de vie, son physique impressionnant et son attitude toujours très calme et bienveillante. On le prenait très souvent en exemple. C'est ça qui m'a attirée dans un premier temps. Avec son attitude plutôt réservée, je ne sais pas, j’ai très vite été fascinée par lui. J'ai eu très vite une confiance en lui totale, ce que je n'avais jamais ressenti avant... Bon, j'ai mis un peu de temps à lui faire comprendre qu'il me plaisait, à ce qu'il s'intéresse vraiment à moi, mais j'ai fini par réussir et on ne s'est quasiment plus jamais quittés. C'était assez fou. 

 

 

Je n'aurais jamais imaginé être à deux doigts de quitter Jules, un an et demi après la naissance de notre fille.

(…) Je savais que je voulais construire ma famille, avoir des enfants plus tard. En rencontrant Jules, je savais que ce serait avec lui, c'était une évidence pour moi, mais je pensais qu'on avait le temps. Rien ne me pressait. Et lui était totalement dans le même “mood”. Il voulait des enfants mais pas tout de suite. Et puis, en mars 2020, mon papa est tombé malade. Il faisait partie des premiers à avoir la Covid en France, quelques semaines avant le premier confinement... Pour recontextualiser, mon père c'est vraiment le pilier central de ma vie et autour duquel s'organise d'ailleurs toute ma famille. Notre schéma parental est légèrement différent du schéma patriarcal “classique” car, chez nous, c'est ma mère qui travaillait beaucoup, partait tôt et rentrait tard, et mon père qui était souvent avec nous. C'est lui qui cuisinait, qui s'occupait de la totalité des tâches ménagères.  Il faisait TOUT. Il ne s'arrêtait jamais ! Pour moi, il était vraiment indestructible, infatigable, invincible.  

Au moment de la Covid, mon père vient d'avoir 50 ans, c’est un sportif. Il court beaucoup et s'entraîne pour faire des semi-marathons en moins de 2h. Il est en pleine forme ! Aucun "facteur de risque" avant-coureur qui aurait pu nous laisser présager que ça allait “partir en sucette”... Et puis le covid, donc. Au bout de deux semaines de maladie, son état se dégrade d'un coup. Il est hospitalisé la même semaine où le confinement est annoncé. Période très sombre pour nous car tout est flou. On ne comprend pas ce qui nous arrive, c'est notre monde qui s'effondre lorsque papa est plongé dans le coma. Pourquoi lui ? C'est le tout début de l'épidémie, on a très peu d'infos, les médecins sont clairement perdus et nous aussi. On vit pendus au téléphone avec la peur qu'il sonne en pleine nuit pour nous annoncer que notre père est mort. J'ai vraiment cru qu'il allait mourir... Et une des premières choses à laquelle j’ai pensé, quand j'ai cru qu'il allait mourir, c'est qu'il ne connaitrait jamais mes enfants. Ou plutôt que mes enfants ne connaitraient pas leur grand-père et qu’ils n'auraient pas la chance que j'ai eue de l'avoir auprès de moi. Et ça, c'était impensable pour moi. Je me suis toujours projetée avec mes enfants et mon père en papy, totalement investi et impliqué dans son rôle. Et là, j'ai vraiment compris qu'on n’avait pas le temps, finalement. J'ai écrit à Jules pendant que mon père était dans le coma en lui disant que si jamais il s'en sortait vivant, je ne voulais plus attendre, je voulais avoir des enfants rapidement pour qu'ils puissent avoir la chance de grandir avec les gens que j'aime très fort. C'était en avril 2020 et je suis tombée enceinte en décembre de la même année. Quelque chose s'était débloquée en moi... 

Finalement, mon père est sorti du coma. Il a fait preuve de résilience et de force pour se sortir de cette maladie et avancer. Ça a été long et difficile mais il a réussi. Et aujourd'hui, quel bonheur de le voir avec Eden (qui évidemment l'adore) ! Leur relation est très belle à voir et forcément elle me touche en plein cœur. Surtout que j’ai eu très peur de la perdre, elle aussi...  

Nous avons fait une infection en salle d'accouchement, un moment très MARQUANT dans mon histoire et dans celle de notre relation avec Eden. Ça a été un moment chargé en émotion, car elle ne respirait pas à la naissance... J'ai encore l'image qui me hante aujourd'hui de mon bébé inerte qu'on me pose sur le ventre deux secondes avant de l'emmener au bout du couloir dans le service de réanimation. L'horreur... Après ça, nous sommes allées en “unité kangourou” pendant une semaine, le temps que les antibiotiques fassent effet et qu'elle puisse rentrer à la maison en toute sécurité. J'ai tout de suite fusionné très fort avec ce bébé que je n’ai pas pu avoir en chambre avec moi dès le début. “FUSION”, c'est le mot. Je ne pensais pas l'aimer aussi fort, tout de suite. Je m'étais même préparée à ce que ce ne soit pas le cas. Ça m'a prise au dépourvu, tout mon monde avait changé. Plus rien d'autre ne comptait. Il n'y avait qu’elle. C'était mon soleil, ma vie. Plus rien n'avait d'importance. Et j'ai mis beaucoup de temps à réguler et rééquilibrer tout ça, à être autre chose que “juste” la maman d'Eden, à avoir de nouveau envie de faire des choses pour moi. Longtemps, les séparations avec mon bébé ont été atroces et je les vivais super mal. J'étais devenue hyper angoissée, hyper stressée. J'avais peur qu'elle meure, qu'elle arrête de respirer. J'avais tout le temps besoin de vérifier que tout allait bien. Jules ne me reconnaissait pas, moi qui étais plutôt “peace” de nature. C'était lui qui était très confiant pendant cette période, très “chill” alors que ce n'est pas forcément son tempérament de base. Une grosse inversion des rôles qui nous a surpris sur le moment. Par contre, moi qui étais de nature très impatiente, j’avais une patience quasi infinie avec Eden (j'en ai été la première étonnée), tandis que pour Jules c'était beaucoup plus compliqué. Plus le temps passait, plus la fatigue et les nuits sans sommeil perduraient, plus je le sentais s'énerver très rapidement. Je découvrais une facette de lui à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Assez “dark” finalement, bien loin de l'image que j’avais projetée de lui. Et c'est bien là une des causes de notre baby-clash : toutes les projections qu'on fait du papa idéal. J'avais ma vision à moi de comment Jules serait avec notre bébé, de ce qu'il ressentirait pour lui, etc. Une vision que j'avais construite évidemment en fonction de l'homme que je connaissais, que j'aimais et que je voyais interagir avec des adultes. 

Mais comment on fait quand la réalité ne rejoint pas du tout ce qu'on s'était imaginé ? Quand on se rend compte qu'on a idéalisé le papa ? Que ce n'est pas si simple de ne pas reproduire les schémas de violence de notre enfance ? Que la naissance d’un bébé peut nous faire plonger dans une souffrance qu'on n'avait pas anticipée ? C'est un peu l'enfer sur terre, clairement. On se sent très seul/e, chacun/e d'un côté d'une ligne invisible, chacun/e avec sa souffrance qui lui est propre. Le dialogue est toujours là, heureusement, mais on ne se comprend pas vraiment. 

J'étais pourtant informée, même plus qu'informée des ravages du baby-clash, du manque de sommeil et de la torture que ça pouvait être au quotidien (de ne pas dormir), mais honnêtement, j'étais vraiment convaincue que ça ne nous arriverait pas. Pas à nous. On était plus fort que ça. La communication, c'est la clef apparemment, et nous, on communique super bien ! C'est notre point fort. On se dit tout, c'est facile, évident, les embrouilles ne durent jamais longtemps. MDR !!! Ça, c'était avant... Je n'avais pas mesuré la tempête émotionnelle que ça allait être d'accueillir un bébé, de devenir maman et de devenir papa.  

Il faut du temps finalement pour apprivoiser tous les changements opérés en devenant parents. Ça remue pas mal de choses... mais alors quand on a des modèles parentaux dysfonctionnels, comme l’a connu Jules, devenir père peut être une vraie tempête qui emporte tout sur son passage... Ça l'a été pour lui qui a été élevé dans la violence physique et verbale, et il avait vraiment à cœur de ne pas reproduire cela. Mais parfois on est dans un tel état d'épuisement et de frustration, que tout ressurgit par vagues et c'est impossible à contrôler. En tout cas, pas sans avoir travaillé dessus en amont (pour nous en tout cas). Avec le recul, j’ai compris que durant toute la période du post-partum, j'étais très autocentrée : sur moi, sur mon corps, sur mon bébé et ma relation avec Eden. Je n’ai pas vraiment mesuré, écouté la tempête que c'était également de son côté, à lui. Il est devenu papa avec tout ce que ça implique quand l'éducation que l'on a reçue nous a fait souffrir. Pendant le post-partum, j’ai dû aussi gérer ses émotions négatives, à lui. Mon pilier n'en était finalement plus un. En tout cas, pas tout le temps. Il avait ses propres limites qu'on a dû apprivoiser ensemble. C'est très dur de faire tomber de son piédestal l'homme qu'on aime dans un moment où on se sent aussi vulnérable. Tout s'est un peu mélangé à cette période... Il a fait une grosse dépression avec pas mal de phases assez violentes (verbalement) envers moi et parfois envers Eden. Et donc une culpabilité immense de son côté, encore aujourd'hui. L'idée très ancrée de ne pas être un bon père, de reproduire finalement ce que lui avait vécu, c’était sa plus grande crainte.  

À ce moment de nos vies, on était en plein baby-clash. On était tous les deux en très grande souffrance. Et, honnêtement, je n'arrivais pas du tout à comprendre et à avoir de l'empathie pour lui. Je le trouvais très injuste et je me sentais très seule. J'avais besoin de lui, de pouvoir compter sur lui, de me reposer sur lui, avoir confiance en lui et finalement ce n'était pas le cas. Et lui avait sans doute besoin que mon comportement avec Eden change, que je lui fasse confiance, que je l'écoute dans sa douleur… C'était un peu le serpent qui se mord la queue. Je voyais bien qu'il plongeait très loin dans une colère et une très grande souffrance, mais je n'arrivais pas à avoir l'espace émotionnel pour accueillir tout ça, en plus de tout le reste. C'était trop. C'est ça finalement la plus grosse claque pendant le post-partum pour moi : voir toutes mes convictions sur mon couple et sur l'homme que j'aime s'effondrer. À la fin, il ne restait presque plus rien... à part beaucoup de colère et de rancœur, des deux côtes. 

Comment on reconstruit une famille après un baby-clash ? Comment est-ce qu'on fait pour renouer le dialogue, pardonner les mots trop durs pour pouvoir avancer ? 

C'est difficile en vrai quand tout s'effondre, mais c'est aussi là que la magie des enfants opère. Eden a été vraiment le soleil de nos vies au cœur de ces moments très sombres. Et c'est tout le paradoxe de la situation car c'est elle qui a été le catalyseur de tous ces moments hyper durs. C'est fou la vie quand on y pense. 

Finalement, avec du temps, beaucoup d'amour et de dialogue, tout finit par passer, toujours. Il faut du temps, il faut réussir à réinvestir une relation qu'on a malmenée. Et ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut pouvoir se laisser le temps de re-aimer la présence de l'autre. (…) Et puis l'été dernier a été placé sous le signe de l'apaisement pour Jules et moi... Moment de pur bliss quand tu retombes amoureuse de ton mec après avoir vécu l'enfer. Quand tu vois sa relation avec notre fille évoluer sous tes yeux. C'était magnifique à observer. Retrouver de la sérénité et du bonheur au quotidien, ça n'a pas de prix. 

Maintenant qu’on a traversé tout ça, j'ai une sensibilité accrue pour la santé mentale et pour ce que la dépression implique pour la personne concernée mais également pour son entourage. Et c’est Jules qui m'a ouvert les yeux.  

Les tips de Marie 

  • En cas de baby-clash, protéger son bébé et lui expliquer ce qu’on ressent.  
  • Se faire aider, en parler, ne pas rester enfermé/e dans sa souffrance.   
  • Accepter de passer le relais à la famille pour prioriser son couple et passer quelques moments à deux. 
  • Le quotidien finit par s'apaiser. 

La pensée freestyle de Marie 

Le savoir, c'est le pouvoir. Clairement. J'étais la première de mes copines enceintes, peu de modèles autour de moi alors j'ai écouté TOUS les épisodes de Bliss Stories. Je voulais tout savoir. Je voulais être préparée à tout. 

Alors milles merci, car sans vous et toutes ces femmes, je ne sais pas ce que serait devenue ma maternité. 

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Si le témoignage babt-clash de Marie t’a éclairée ou aidée et que tu aimerais toi aussi nous transmettre ton histoire et partager à ton tour ton expérience et ton savoir, écris-nous ! 

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