Le jour de Noël, Juliette et Camille brunchent en famille pendant que les enfants découvrent leur nouveaux jouets. A quelques jours de son terme, Juliette est sereine. Puis soudain, tout s'accélère. Des contractions intenses et une sensation d'urgence. Un accouchement express et joyeux que nous raconte Juliette, finalement très heureux d'avoir donné naissance à son santa baby, chez elle.

" Je m'appelle Juliette, j'ai 33 ans.
J'habite à Rennes et je travaille dans les services de l'État en tant qu'inspectrice de l'environnement.
Ma famille se compose de mon conjoint Camille et de nos deux filles : Adèle, 4 ans, et Martha qui a eu 1 an, ce 25 décembre.
Et voilà mon témoignage accouchement express, le jour de Noël 🎄
Mais avant de vous raconter comment ma fille Martha est née dans la cage d'escalier de notre immeuble, je remonte le fil de l'histoire pour revenir à ma première grossesse qui, je crois, m'a aidée à vivre cette naissance fulgurante !
Et ça commence là aussi pendant la période de Noël...
🔸 Décembre 2020.
Je tombe enceinte et je me lance rapidement dans la recherche d’une maternité “classique”. Et puis, presque par hasard, je tombe sur une maison de naissance située juste à côté de chez nous. Je prends contact, un peu fébrile d’oser tenter l’aventure d’un accouchement sans péridurale. Cette peur, elle me vient surtout du fait que j’ai toujours entendu des récits d'accouchement en maternité, avec péridurale. C'est aussi ce que les films et les séries nous montrent, encore et encore !
Une part de moi se dit qu'accoucher sans péridurale doit être très douloureux (ce n’est pas pour rien qu’on a inventé une anesthésie locale) ; l’autre part de moi, plus instinctive, plus attirée par le “naturel”, est tentée par cette option de la maison de naissance. Je commence à lire des témoignages d'accouchement sans péridurale et, contre toute attente, ce que je découvre me plaît. Finalement, je me dis : "pourquoi pas moi aussi ?" Je commence à voir cet accouchement un peu comme un défi intime.
Finalement, j'adore le suivi de la maison de naissance : un accompagnement global avec une seule sage-femme durant toute la grossesse et la naissance, une relation de confiance qui se tisse dans une ambiance très intimiste.
🔸 8 septembre 2021, 14h00.
Les contractions commencent tranquillement mais s’intensifient rapidement et, vers 19h00, je ressens le besoin d'aller à la maison de naissance pour y retrouver ma sage-femme, comme si mon corps savait quoi faire et me guidait.
“ Ma sage-femme me dit de me laisser aller dans les cris. De ne rien retenir. “
Je me plonge dans un bain dans lequel je passe pas mal de temps. Certains moments sont difficiles car très intenses mais ma sage-femme me dit de me laisser aller dans les cris. De ne rien retenir. Ça m'aide beaucoup et les cris sont... intenses ! Je change souvent de positions, je reste mobile et, vers 00h30, Adèle naît. Finalement, tout s’est enchaîné plus vite que je ne l’imaginais.
Après l'accouchement, Camille nous prépare des pâtes au pesto. Dans cette chambre confortable et accueillante qui n’a rien d’une chambre d’hôpital, on est un peu comme à la maison. Quel bonheur de manger nos pâtes en pleine nuit avec notre fille dans les bras, tout juste née !
🔸 Mai 2024.
Je tombe enceinte après plus d’un an d’essai et une interruption naturelle de grossesse quelques mois plus tôt (une période éprouvante, physiquement et émotionnellement, pour moi).
🔸 Juillet 2024.
Nous déménageons de Paris à Rennes et, à mon grand regret, je ne peux pas être suivie en maison de naissance pour cette grossesse, tout simplement parce qu’il n’y a pas de maisons de naissance à Rennes. Je sollicite la seule sage-femme qui pratique les accouchements à domicile dans notre secteur mais elle n'est malheureusement pas disponible sur la période des Fêtes (prévisible).
Je trouve finalement un parcours physiologique avec un suivi assuré par des sages-femmes dans une maternité rennaise qui me semble cocher pas mal de cases, notamment avec la présence de deux chambres quasiment identiques à celles de la maison de naissance. En revanche, pour ce qui est de l'accompagnement global à la naissance, là, c’est très différent.
Quand, en maison de naissance, on propose beaucoup d'événements et de liens entre parents et qu’il y a une sage-femme (voire carrément un binôme) pour tout le suivi, la naissance et le suivi à domicile en post-partum ; à la maternité, j'ai des sages-femmes différentes à chaque rendez-vous et je fais une fixette sur certains gestes, certains protocoles imposés.
Je ne suis pas en pleine confiance comme pour ma première grossesse même si, je tiens à le dire, les sages-femmes se montrent adorables. Elles me font même des rendez-vous supplémentaires pour essayer de me mettre en confiance avec le lieu et l'équipe. Je me sens soutenue, malgré tout quelque chose en moi reste sur ses gardes.
🔸 24 décembre 2024.
Nous fêtons Noël en famille avec une raclette chez ma sœur.
- Bébé, tu nous laisses manger et après c'est bon, tu peux sortir !, plaisante Camille.
Moi, je ne ressens aucun signe de prétravail. Je me sens étonnamment bien et très en forme !
🔸 25 décembre, 11h00.
C’est brunch en famille et cadeaux pour les enfants. Des moments comme on les aime.
Puis ma sœur part fêter Noël chez sa belle-famille et nous propose de prendre Adèle pour qu’on puisse se reposer. Bonne idée !
“ Au rythme où ça va, je me dis même que ce n’est certainement pas pour aujourd’hui. “
🔸 15h00.
J'ai des sensations légèrement différentes. J’ai des contractions mais elles ne sont pas du tout douloureuses.
Avec Camille, on est plutôt sereins, on lit, on traîne. Et au rythme où ça va, je me dis même que ce n’est certainement pas pour aujourd’hui.
🔸 18h00.
On part se balader. Je marche vite. J'ai beaucoup de contractions mais elles ne sont toujours pas douloureuses et elles ne m’obligent pas à m'arrêter.
À ce moment-là, ce que je ressens surtout, c’est une légère inquiétude : celle que le travail soit très long, que ça n’avance pas vraiment.
🔸 19h00.
Mon père nous ramène Adèle.
Comme c’est lui qui doit venir la garder lorsqu’on devra partir à la maternité, on lui dit que c’est peut-être pour cette nuit et qu’il vaut mieux qu’il se tienne prêt.
🔸 19h05.
Je prends un bain. Les contractions se succèdent (ça ne s’arrête pas), je sens une gêne mais comme je ne ressens rien de douloureux, je ne me presse pas. Et puis, comme pour Adèle, mon objectif est de rester le plus longtemps possible chez moi, dans ma bulle, et ne partir que lorsque je sentirai que c’est nécessaire.
Avec le recul, je crois que c'est à partir de ce moment-là que mon cerveau ne veut pas voir les signes évidents du travail qui avance. Comme s’il voulait me retenir le plus longtemps possible à la maison.
🔸 19h50.
Les contractions s'intensifient nettement.
Camille finit par appeler la maternité pour signaler qu'on arrivera sûrement dans les prochaines heures.
🔸 20h00.
On rappelle mon père pour qu’il vienne prendre le relais pour Adèle. Il est en train d'étendre une machine mais Camille lui dit, confiant : "tu peux l’étendre, on n'est pas à 5 minutes !"
Personne ne se doute encore de l'accouchement express qui nous attend...
“ Je cours m'enfermer aux toilettes, sûrement le besoin de m'isoler. Je commence à gémir, à faire des sons, comme des râles. Je sens que c’est imminent. “
🔸 20h10.
Tout bascule.
D’un coup, plus aucun doute : il faut y aller. Maintenant.
J'enfile une robe en vitesse et c’est là que je perds les eaux, au milieu du salon. J'essaye de dire au revoir à Adèle mais je suis déjà dans une autre dimension.
Je cours m'enfermer aux toilettes, sûrement le besoin de m'isoler. Je commence à gémir, à faire des sons, comme des râles. Je sens que c’est imminent.
🔸 20h15.
Mon père arrive.
Camille me répète : "Allez, il faut y aller, maintenant !".
Je lui dis que je ne peux plus marcher.
Il insiste, m’encourage : "Allez, tu vas y arriver !”

Je sors de l'appartement et je commence à avancer seule dans l'escalier de l'immeuble. Trois étages, sans ascenseur. Camille me suit de près...
À peine trois marches descendues que je sens monter une vague intense. Je m’arrête. Je m’agrippe à la rambarde. Je crie. Je suis là, sans être là.
Jean-Pierre, notre gentil voisin du dessous (que nous croisons quotidiennement ou presque, et qui a même construit une cabane pour les enfants dans le square de l’immeuble) ouvre sa porte, pour voir ce qu’il se passe dans l’escalier. Dans l’urgence, Camille lui lance nos clés de voiture : "Tu peux approcher la voiture ?"
Mais Jean-Pierre, plus lucide que nous, lui réponds : "Euh... non, là, je pense qu'il faut appeler les secours." Camille convaincu et déterminé : "Non, non, on va y aller."
Sauf que moi, je sens la tête. Je baisse ma culotte dans un geste réflexe avant de sentir mon corps pousser mon bébé. Camille soulève ma robe : "Oh oui !". Une seconde plus tard, notre bébé est là, Camille la réceptionne, au milieu de l'escalier. Un accouchement express !
Je remonte les marches pour aller m'allonger par terre dans notre salon et je prends Martha contre moi.
Pendant ce temps, Jean-Pierre appelle les secours. Ils arrivent quelques minutes plus tard. La naissance est déclarée à 20h32, peut-être estimée à partir de l'heure de l'appel.

On m'installe dans le camion des pompiers, mon bébé contre moi, bien au chaud et caché sous la couverture de survie. Je souris. Je ne réalise pas vraiment. Quelle histoire !
Une fois installés à la maternité, nous réalisons avec Camille ce qu'il vient de se passer. C’est un moment un peu irréel. Je ne pensais pas que ça irait si vite et j'ai plutôt envie d'en rire. D'ailleurs nous rions beaucoup avec Camille durant les heures et les jours qui suivent, surtout quand on raconte (de nombreuses fois) la naissance de Martha...
🔸 25 décembre 2025.
On vient de fêter son premier anniversaire et nous sommes allés prendre une photo dans la cage d'escalier. Là où tout a commencé. Notre nouveau rituel pour les prochaines années... "

Les tips de Juliette pour un accouchement express
Créer sa bulle et se laisser partir dedans.Ne plus réfléchir, ne plus regarder l'heure et se concentrer sur soi et ses sensations. D'ailleurs toutes les heures de mon récit viennent du journal d’appels de Camille. Moi, j’étais complètement ailleurs.
La pensée freestyle de Juliette
Ma sœur m'a envoyé votre post "vous avez accouché à Noël de manière inopinée ?", en me disant : "c'est pour toi !”, et je me suis dit : “pourquoi pas !” Quand je repense à cet accouchement, je me dis qu’inconsciemment, en reculant mon départ, j'ai voulu "échapper" à une partie du protocole de la maternité. Bien sûr je suis consciente que toutes les naissances ne se passent pas aussi bien, et qu'une médicalisation peut être nécessaire, mais je trouve ça tellement fabuleux de pouvoir donner naissance à son enfant en maison de naissance ou à la maison. Et puis la naissance de Martha nous a encore plus donné confiance en nous car nous étions seuls et nous l’avons fait !

