Une naissance le soir de Noël - Laurie

Une naissance le soir de Noël - Laurie

En débutant sa garde de nuit, à la maternité où elle travaille, Laurie, infirmière et étudiante sage-femme, n’aurait jamais imaginé recevoir le plus beau des cadeaux : accompagner pour la première fois en solo une naissance le soir de Noël.  

“Je m'appelle Laurie, j'ai 36 ans. 
Je vis à Angers en ce moment (mais je suis originaire de la Bretagne). Je suis infirmière et surtout élève sage-femme en 3ème année depuis septembre.  

Ma famille est composée de mes parents, mes frères, mes chats et tout mon village d'amis incroyables qui répondent toujours présents, peu importe le continent où je me trouve. 

Actuellement, mon projet maternité est en stand-by, après une séparation difficile mais c’est une certitude, j'aurai des enfants un jour. J'attends maintenant la fin de mes études de sage-femme pour recourir à un don de gamètes. 

Mais l’histoire que je veux vous raconter commence, elle, le 25 décembre de l'année dernière... À cette période, je suis en train de préparer ma candidature au concours pour la passerelle vers la formation de sage-femme. Je suis donc encore infirmière mais j’ai la chance de travailler en maternité et plus encore de faire partir des équipes présentes en salle de naissance. Et, ce week-end de Noël, je travaille de nuit. La garde de la veille a été bien occupée et je reviens avec mes collègues pour notre seconde garde.  

19h45. J’arrive au bloc obstétrical et, en levant les yeux sur les écrans de monitorage, je vois que nous sommes plein à craquer. Une des sages-femmes de jour m’interpelle tout de suite : “Ah, Laurie, ma sauveuse ! Est-ce que tu peux aller en salle 9 ? On attend l’anesthésiste pour la pose de péri’.  J’ai appelé la gynéco, elle arrive... On a du temps, c’est un deuxième bébé, à 5 cm, pas du tout engagé et la patiente n’a pas rompu (la poche des eaux, ndlr) ! T’inquiète pas, elle a une position “bizarre” mais ça lui permet de gérer les contractions. Pendant ce temps-là, je commence les transmissions.” Elle me prévient aussi que l’une des sages-femmes présentes ce soir est en salle 10 avec la gynéco, sur un accouchement difficile... 

Sur ce, je m’exécute aussitôt et je me rends en salle 9. Je frappe à la porte pour trouver la patiente. Elle est accroupie au bord du lit, une partie du corps suspendu au-dessus du vide. Je me présente : “Bonjour, je suis Laurie, l’infirmière de nuit, je vais rester avec vous en attendant l’anesthésiste puis l’assister pour la pose de la péridurale. Est-ce que vous tenez le coup ?” La patiente lève les yeux vers moi, en me demandant s’il y en a pour longtemps encore. Je tente de la rassurer en l’informant que l’anesthésiste ne devrait plus tarder. Je remarque qu’elle est seule dans la chambre, je lui demande si elle est accompagnée par quelqu’un. Son mari est militaire, il est dans le train, il arrive dans 30 minutes... Elle regarde entre ses jambes et d’un ton inquiet me dit qu’elle croit avoir rompu la poche des eaux… Je mets mes gants et vérifie et, effectivement, elle l’a bien rompue. Je m’en vais prévenir ma collègue qui fait les transmissions et nous retournons toutes les deux en salle 9. En chemin, elle me dit que la deuxième sage-femme de nuit est partie s’installer en salle 3, et que la gynéco et l’anesthésiste sont toujours bloqués en salle 10. Ma collègue examine la patiente. Elle constate que son col est arrivé à 9cm de dilatation, que la poche est effectivement rompue mais que son bébé n’est pas du tout engagé. On a donc vraiment le temps de poser la péridurale. Elle repart pour finaliser les transmissions à l’équipe de nuit et me confie la patiente. On se regarde. Je lui dis que ça va aller et que je reste quoi qu’il arrive ! Je la rassure en lui disant que l’anesthésiste ne devrait vraiment plus tarder... du moins, je l’espère... Presque aussitôt, la patiente souffle fort et me dit en serrant les dents : “ça pouuuuuusse !!” Je passe la tête par la porte pour crier à ma collègue que “ça pousse” ! Je ferme la porte et j’ai pris le temps d’enfiler des gants... La patiente aussitôt me dit dans un cri de panique : « ELLE EST LÀAAAA !! » J’ouvre la porte à nouveau et je hurle : « MAINTENANT ». J’ai à peine le temps de placer mes mains sous la tête du bébé et de dire : “je suis là tout va bien, on fait ça ensemble”, que la patiente l’expulse comme un boulet de canon ! Le reste du liquide amniotique m’arrose des pieds à la tête dans la foulée. La patiente est en état de choc, déconnectée des évènements, et je suis presque autant déconnectée qu’elle... La seule chose qui me vient à l’esprit c’est « ne lâche pas le bébé (ça glisse un nouveau-né), ne lâche pas le bébé, ne lâche pas le bébé, ne lâche pas le bébé… ». Je suis trempée, en face d’une femme trempée elle aussi, je tiens cette petite fille, vivante, encore reliée au placenta de sa mère, qui n’a pas l’air de trop comprendre ce qui lui est arrivée, choquée comme sa maman et moi. 

Là, les secondes semblent une éternité... Mais où sont mes collègues ?  

En réalité, tout le monde est arrivé en trombe suite à mon appel à l’aide. Mes collègues m’ont retrouvée trempée, une petite fille dans les mains et ont commencé à rigoler de soulagement en constatant que tout le monde allait bien, avant de me lancer un « Joyeux Noël Laurie, quel beau cadeau ! ». 

La patiente et moi nous regardons en souriant, conscientes de ce qui vient de se passer et du lien qui, à jamais, existera entre nous trois.  

19h48. Heure de naissance. Soit 3 minutes après mon arrivée au bloc obstétrical... Que d’émotion en 3 minutes !!! Cette histoire m’a à jamais changée. Évidemment, cela m'a confortée dans mon désir de devenir sage-femme et d'accompagner les femmes."

Les tips de Laurie 

Ne pas paniquer : le corps d'une femme sait le travail qu'il a à faire. 
Écouter son corps et l’accompagner. 
Notre instinct est incroyable. La nature décide de ce qui doit se passer. 
Se laisser emporter par la transe de la naissance et le bliss qu'elle procure. 

Le mot freestyle de Laurie  

Le meilleur cadeau de Noël que je pouvais recevoir, la meilleure des motivations pour écrire ma lettre de candidature à l’école de sage-femme. 

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Si le témoignage accouchement à Noël de Laurie t’a éclairée ou aidée et que tu aimerais toi aussi nous transmettre ton histoire et partager à ton tour ton expérience et ton savoir, écris-nous ! 

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